Écoles

Conclusion

samedi 5 juin 2010, par Josse Annino

Cet article fait suite à Nous pouvons tirer profit de l’expérience finlandaise !

La découverte du jardin d’enfants et de l’école préélémentaire restera pour moi un élément déterminant pour la compréhension du système scolaire finlandais. J’ai le sentiment que l’accueil des jeunes enfants structure de façon extrêmement positive le rapport qu’ils entretiendront au savoir et à leurs professeurs pendant leur scolarité.

Le premier message que l’enfant reçoit est un message d’affiliation : « Ici, c’est ta deuxième maison. Il y aura toujours quelqu’un qui t’attend et prendra soin de toi. Tes ainés sont là pour t’aider. » C’est aussi un message de reconnaissance : « Montre-nous ce qui t’intéresse, ce que tu as envie de faire et nous t’aiderons à le réaliser. »

L’enfant est suffisamment dans la “continuité d’être” entre la maison et l’école pour ne pas considérer cette dernière comme le lieu où il faut apprendre à faire face à l’adversité ou à se soumettre. Il n’est pas obligé de passer aux toilettes, de boire, de dessiner ou de sauter sur commande. On n’attend pas de lui qu’il soit conforme aux attentes des adultes en traçant des ronds en même temps que les autres dans l’aile d’une coccinelle. Il n’a pas à se soumettre à des règles qui n’ont pas de sens pour lui.

Il intègre ainsi l’idée que pour grandir, il doit agir. Dès le plus jeune âge on fait appel à son esprit d’initiative ; personne ne va décider à sa place de ce qu’il doit faire. Il comprend aussi que ses camarades sont des partenaires précieux, qu’une activité partagée est souvent plus enrichissante qu’une expérience solitaire et qu’il n’est pas nécessaire d’être meilleur que l’autre pour faire valoir ses qualités et son talent. Quant à l’adulte, il n’est pas là pour le surveiller ou le juger mais pour protéger et stimuler. Non seulement sa présence est une invitation à l’exploration et une assurance contre les risques d’échec, mais ses interventions apportent une plus value aux savoirs et savoirs faire que l’enfant construit.

Il n’est donc pas étonnant, dans ces conditions, que les élèves abordent leur scolarité primaire avec confiance et motivation, qu’ils s’impliquent dans leur travail personnel et que leurs relations avec leurs professeurs soient non conflictuelles. En revanche, on peut s’interroger sur ce qui permettra dans la durée d’entretenir ce bel élan. Les structures d’accueil de la petite enfance favorisent l’exploration physique et concrète de l’environnement. Elles valorisent aussi les curiosités et le questionnement pour les arts et les sciences. Elles respectent en cela le développement sensori-moteur de l’enfant et accompagnent ainsi son développement intellectuel.

En revanche, ce séjour ne m’a pas permis d’observer d’équivalence de cette approche à l’école primaire ni au collège. À l’âge où les enfants où les adolescents ont tellement besoin d’interroger la complexité du monde et des relations, et où ils construisent leur pensée, je m’attendais à ce qu’ils bénéficient d’un champ d’exploration correspondant à leurs nouvelles préoccupations. Or, il m’a semblé que les phases d’exploration se limitaient à l’espace de réflexion offert par les manuels scolaires. Même si ceux-ci sont conçus dans l’intelligence des situations d’apprentissage et s’ils sont particulièrement propices au travail autonome, ils ne permettent pas l’expression d’un questionnement ou d’une réflexion plus personnelle des élèves.

Les cours auxquels j’ai assisté se déroulaient de façon assez traditionnelle, parfois selon un mode transmissif et souvent sur la base d’un travail personnel de l’élève sur fichier et d’une correction dans le cadre d’une classe dialoguée. Je n’ai pas eu l’occasion d’assister à des moments de co-réflexion sur la marche du monde, l’histoire et le devenir de l’humanité, les sciences ou les arts. Ni même, plus modestement, de participer à des temps de travail de groupes où les élèves auraient pu confronter leurs points de vue, faire l’expérience de la divergence de pensée et de la nécessité d’argumenter sa position. Pas d’exposés non plus, ni de séances consacrées à une approche créative ou expérimentale des disciplines.

Il me semble que ces dispositifs, centrés sur l’écoute et la circulation de la pensée dans le groupe, seraient de nature à poursuivre activement la démarche éducative impulsée dans les premières années de la scolarité et à faire perdurer cette indispensable motivation. Nous avons sans doute là une occasion, à ne pas manquer, d’échanger avec nos collègues finlandais sur nos expériences pédagogiques. Je pense en particulier aux apports de la pédagogie coopérative et aux ateliers de philosophie.

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