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Corinne et le manuel finlandais

samedi 3 avril 2010, par Rémi Castérès

Corinne travaille avec une grande compétence au cycle 2. J’ai voulu avoir son avis en comparant deux manuels de mathématiques : “Tuhattaituri”, manuel finlandais pour les élèves de troisième année — ce qui correspond à nos CM1 — et “la tribu des maths” qui vient de paraitre pour nos CE1.

Les deux manuels de mathématiquesCorinne : Ça veut dire quoi, ce titre ?

Moi : Tou-hat-ta-i-tou-ri, ça veut dire mathématiques [1]. Je ne te dis pas à quels élèves c’est destiné, je te laisse deviner.

Corinne feuillette le livre : Quand je vois les dessins, ça ressemble à un manuel de CP… Mais le contenu, c’est pas du CP.

Moi : C’est pour les élèves de troisième année, donc de neuf ans. Regarde une leçon en entier, par exemple celle du début.

Corinne : C’est sur les fractions. Déjà, ça correspond à ce que disait Michel Develay : apportez un gâteau en classe, coupez-le, et ils comprendront tout de suite les fractions ! Tout ça, ça part d’une situation vécue. Je crois que les Finlandais apprennent aussi la cuisine ?

Moi : Une année est consacrée à l’apprentissage de la cuisine.

Corinne : Il y a plusieurs représentations différentes : il y a des parts de pizza, mais rapidement ils passent à autre chose. Il n’y a pas beaucoup de texte. C’est tout joli comme un manuel de CP, mais c’est du CM1. Il y a beaucoup moins de texte que dans nos manuels pour CE1.

Corinne lit les pages suivantes : Il y a une démarche cohérente. Les auteurs tournent les choses dans tous les sens mais il y a une logique. Dans nos manuels de math, il n’y a pas de démarche. Tu as la leçon et toute une batterie d’exercices, on en fait au hasard. À la fin, pour occuper des élèves, tu as une activité qui n’a rien à voir, par exemple des exercices de pavage après une leçon sur la retenue.

Moi : Regarde plus loin, il y a des exercices d’approfondissement plus difficiles pour les meilleurs élèves, mais c’est toujours sur les fractions.

Corinne continue à feuilleter : Ça donne envie… Ça dure longtemps et avec des représentations variées. Surtout, il ne faut pas s’habituer à une seule représentation. Tout est compréhensible sans savoir lire ; la preuve, je ne comprends pas le finnois et ça me donne envie d’essayer. Et ça va à un niveau élevé : ici, c’est la comparaison entre des fractions. Comment peux-tu ne pas comprendre les fractions quand c’est présenté de cette façon ?

Regarde, là, c’est aux enfants de colorier et de comparer. Ça me donne des idées. Regarde les additions de fractions : c’est super clair, on voit vraiment ! Je comprends qu’on puisse suivre un manuel. C’est même pas qu’on le suit, c’est l’enfant qui le suit ; nous, on se trouve là vraiment pour aider.

Jacques, lorsqu’il avait le cycle 2 avant moi, expliquait qu’il a d’emblée acheté des manuels pour chaque cours. Et il s’est vite aperçu qu’il ne pouvait pas s’en servir. Chaque activité, chaque exercice, nécessitait la présence du maître, pour expliquer, pour donner les consignes, pour apprendre tout simplement. Dans une classe à plusieurs cours, c’était impossible.

Il a été obligé d’arrêter de se servir des manuels, et de donner aux élèves d’autres moyens d’apprendre. Avec des manuels comme celui-ci, je suis sûre que les élèves auraient pu travailler en autonomie. En tout cas, moi, je vois bien comment on peut faire.

Moi : Souvent, le premier exercice est fait, comme au crayon à papier. C’est rassurant, les élèves peuvent s’y référer et continuent directement sur le livre.

Corinne examine le manuel français.

Moi : Il y a quelque chose d’étonnant, la police de caractères des deux manuels est exactement la même.

Corinne : Sur le manuel français, c’est plus petit et plus serré, moins lisible.

Franchement, ce manuel est exactement le même que les autres. Comment veux-tu que l’enfant se débrouille sans l’instit ? Toutes les consignes sont différentes.

Un manuel finlandais, je m’en servirais en France. C’est peut-être une solution ça, piquer leurs manuels aux Finlandais !

~

J’ai emporté “la tribu des maths” en Finlande. Deux mamans, une costumière de théâtre et une formatrice en massage thérapeutique, l’ont examiné longuement avant de me donner leurs impressions. Elles étaient surprises que ce manuel s’adresse à des enfants de sept ans. Elles le trouvaient peu lisible pour des enfants de cet âge, avec beaucoup de choses différentes sur la même page et des illustrations trop petites. « Il y a beaucoup de texte et ça a l’air très bien pour moi si je veux apprendre le français », a ajouté Hilla.

~

Vous pouvez vous faire une idée de Tuhattaituri en cliquant sur ce lien. Testez, il ne s’agit pas d’un bon de commande ! Alors, avez-vous réussi à faire un exercice sans connaitre le finnois ?

Notes

[1] Ce qui est faux, cela veut dire “Touche à tout”. Je n’aurais pas dû faire le malin.

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