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Finlande : du côté des élèves

lundi 8 décembre 2008, par Rémi Castérès

« Vous aimez l’école gros comment ? » Voici la réponse d’élèves de quatrième année (dix ans) à l’école Korivaara d’Helsinki :

Voilà gros comment j'aime l'école. Je ne peux pas être certain que la professeure n’ait pas traduit ma question par : « Vous aimez Noël gros comment ? », mais j’en doute.

Partout où je suis allé, la plupart des élèves ont pu répondre, après un temps de réflexion, à cette autre question : « Dis-moi trois choses que tu aimes à propos de l’école. » Par contre, peu ont réussi à répondre complètement à la question opposée, « Dis-moi trois choses que tu n’aimes pas à propos de l’école. », même après avoir sollicité leurs copains, ce qui entrainait de grandes discussions (incompréhensibles pour moi !)

Mon sondage n’a d’autre valeur que d’illustration. Ce que les élèves finlandais que j’ai interrogés apprécient, ce sont les amis, la nourriture, les professeurs, la classe et les autres élèves. La seule chose qui ait été citée plusieurs fois dans ce qu’ils n’aiment pas, c’est la nourriture. Les autres réponses ont été très dispersées. Un point n’a jamais été mentionné, la plaie des écoles françaises : l’ennui.

Pour les enfants finlandais, l’école commence à six ans avec une année de scolarisation pré-élémentaire dont les journées durent quatre heures au maximum. Il n’y a pas de leçons à proprement parler, mais de grands champs sont abordés : la langue maternelle et les interactions sociales, les mathématiques, l’éthique et la philosophie, l’environnement, la santé, le développement moteur, l’art et la culture [1]. Si des enfants sont prêts, ils peuvent apprendre à lire individuellement dès cet âge. Avant six ans, ils jouent.

L’école élémentaire commence à sept ans et tous les enfants poursuivent des études identiques pendant neuf années, jusqu’à l’âge de quinze ans.

École à Muhos. Derrière, un nouveau bâtiment en construction. Beaucoup d’enfants se rendent à l’école à vélo. Les horaires étant variables d’une classe à l’autre, cela leur permet d’être indépendants. Des pistes cyclables doublent systématiquement les routes dans les zones habitées.

Bus scolaires à HelsinkiD’autres y vont en minibus ou en taxi, soit parce qu’ils habitent trop loin, soit parce qu’ils ont peur des loups (dans le nord et dans l’est du pays). Il n’y a pas de grands cars scolaires parce que les horaires des classes sont trop épars. Le transport est gratuit pour les familles tant qu’elles inscrivent leurs enfants dans l’établissement le plus proche de leur domicile.

À l’école, les enfants circulent comme à la maison, en chaussettes. Les rapports entre eux et avec les adultes sont détendus. Ils tutoient leurs professeurs (on me l’a dit) et les appellent par leur prénom (je l’ai entendu).

Pendant les récréations, ils peuvent jouer dehors ou rester dans les couloirs, voire en classe.

Pendant la récréation, les mathématiques continuent ! J’ai eu la curiosité d’aller voir ce que les élèves faisaient en classe pendant une récréation. Certains ont vite effacé le tableau en riant en me voyant arriver. D’autres poursuivaient la leçon de mathématiques…

Récréation Dehors, il y a des jeux.

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Récréation à Helsinki
Au loin, dans le bois, des marques jaunes sur des troncs indiquent les limites de la “cour”.

Restaurant scolaire gratuit pour tous. Le déjeuner est le repas principal en Finlande. À l’école, il est gratuit pour tous les enfants. Je qualifierais la nourriture du terme anglais d’“adequate”.

À Muhos, en raison des travaux, les élèves déjeunaient dans leurs classes et les enseignants dans la salle des professeurs. Encore une fois poussé par la curiosité, je suis allé voir comment ça se passait. Eh bien, on ne peut mieux ! Une élève était légèrement gênée de s’être installée au bureau de la professeure…

À la reprise des cours, on ne pouvait pas se douter que la classe avait servi de réfectoire.

Technologie à l'école primaire Une des raisons pour laquelle la plupart des élèves finlandais se sentent bien à l’école, c’est que cette dernière s’adresse à toutes les intelligences des enfants. Par exemple, dès l’école primaire, tous apprennent à se servir d’outils et de machines.

Difficile dans ces conditions de ne pas y trouver son compte… Vous aimez l’école gros comment ? Vous aimez l'école ?

Notes

[1] Voir le site du ministère de l’éducation (en anglais)

1 Message

  • Une image trop flatteuse ? 10 janvier 2009, par Timo Akkanen

    Je pense que durant ton voyage en Finlande, tu as visité des écoles dans des secteurs dont la population n’augmente pas. Nous avons aussi des classes de 30 à 35 élèves dans des villes comme Vantaa et Helsinki et il y a beaucoup de discussions en cours à propos des effectifs de ces classes. Ce problème ne peut évidemment pas être perçu dans des régions dont la démographie baisse.

    L’effectif des classes pour les élèves ayant des besoins particuliers est limité à 10 par la loi, encore qu’une ou deux places puissent être utilisées en cas d’urgence.

    J’ai aimé lire tes articles mais ils donnent peut-être une image trop flatteuse de notre réalité. Tu ne dois pas oublier qu’après les États-Unis, c’est notre petite Finlande qui a été victime de deux massacres dans des écoles. Nous avons un problème d’enfants qui se retrouvent trop seuls parce que l’école ne couvre pas toute la journée comme en France ou en Angleterre. Dans beaucoup de cas, les deux parents travaillent et il est tellement facile de se trouver accroc au monde fictif d’internet, avec ces groupes déments, etc. Et tant de Finlandais – et de Russes – souffrent de dépression et de maladies associées juste en raison du manque de lumière, comme mon épouse !

    Par exemple, mes élèves finissent à midi quinze. Ils vont au club l’après-midi jusqu’à quinze heures trente, mais ce club n’est ouvert que pour les première et deuxième années. Dès qu’ils ont dix ans, les enfants doivent être prêts à passer plusieurs heures seuls car tout le monde n’a pas une famille ou des relations pour aider.

    [Traduit de l’anglais par Rémi Castérès]

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