Minna Palovaara enseigne à la classe de cinquième année, à l’école primaire Korivaara de Muhos — ce qui correspond à notre sixième.
Voici l’emploi du temps de ses élèves, valable pour la première moitié de l’année scolaire 2008-2009 :
| Lundi | Mardi | Mercredi | Jeudi | Vendredi | |
|---|---|---|---|---|---|
| 8 h - 9 h | Travail manuel | Sport | Sciences | ||
| 9 h - 10 h | Travail manuel | Sport | Musique | ||
| 10 h - 11 h | Math | Math | Biologie | Anglais | Sport |
| 11 h - 12 h | Langue | Histoire | Math | Histoire | |
| 12 h - 13 h | Biologie | Langue | Religion | Langue | |
| 13 h - 14 h | Anglais | Langue | Art | Math | |
| 14 h - 15 h | Math | Art |
Ce qui fait un total de 25 séquences d’une heure, dont 6 avec d’autres enseignants. Chaque séquence comprend trois quarts d’heure d’étude suivis d’un quart d’heure de pause. En milieu de journée, deux récréations sont regroupées pour le déjeuner.
Et voici l’emploi du temps de Minna :
| Lundi | Mardi | Mercredi | Jeudi | Vendredi | |
|---|---|---|---|---|---|
| 8 h - 9 h | Math (4e) | Travail manuel | Langue (3e) | ||
| 9 h - 10 h | Anglais (3e) | Langue (3e) | Travail manuel | Anglais (4e) | Art (3e et 4e) |
| 10 h - 11 h | Math | Math | Biologie | Anglais | Art (3e et 4e) |
| 11 h - 12 h | Langue | Histoire | Math | Histoire | Anglais (3e) |
| 12 h - 13 h | Biologie | Langue | Anglais (4e) | Langue | Options (6e) |
| 13 h - 14 h | Anglais | Langue | Art | Math | |
| 14 h - 15 h | Math | Art |
Ce qui correspond à 29 heures, dont 10 dans d’autres classes (la 3e année correspond à notre CM1, la 6e année à notre cinquième de collège). La préparation des leçons, la correction des tests, la correspondance avec les parents prennent encore une dizaine d’heures par semaine.
Pendant les nombreuses pauses, Minna retrouve ses collègues dans la salle des professeurs pour boire un café, bavarder, répondre à ses emails, lire le journal, voire même… échanger à propos du travail !
Minna explique que certains de ses élèves n’ont pas compris une notion en mathématiques. Une solution est trouvée : Ilkka, le directeur, s’occupera des meilleurs pendant que Minna retravaillera cette notion.
Que ce soit dans sa classe ou dans d’autres, les séquences de travail sont donc courtes et denses. J’ai pourtant toujours eu l’impression qu’on prenait son temps. Si j’ai bien repéré « Hyvä ! » qui signifie « Bien ! », je n’ai pas remarqué les équivalents finlandais de « Chut ! », « Vite ! » ou « Taisez-vous ! »

- Le rétroprojecteur est très utilisé. Il s’avère très pratique pour montrer l’utilisation du rapporteur.

- Des élèves lisent un dialogue.
Des activités variées se succèdent rapidement : leçon magistrale, classe dialoguée, travaux par petits groupes, exercices écrits, lecture du manuel, écoute d’un disque, visionnage d’un docu- mentaire… Je n’ai pas été témoin de ces longs tunnels mortifères qui plombent les cours français — discours interminable du professeur, corrections qui s’éternisent. Au total, les écoliers finlandais passent moins de temps en cours que les élèves Français, mais ce temps est utilisé plus efficacement.
Les élèves disposent pour chaque matière d’un manuel et d’un livret d’exercices. Les manuels sont récents ; les plus anciens que j’ai feuilletés dataient de 2003, sauf celui de français qui n’a pas été réédité depuis 2000, faute d’une demande suffisante. J’ai pu me faire une idée de leur qualité en parcourant des livres d’anglais, de français, de géographie, d’histoire et de sciences. Les illustrations sont évocatrices, les cartes sont claires et exactes. Surtout, le contenu est adapté à l’âge des enfants auxquels ils s’adressent. D’une part, un énorme effort a été fait pour que les notions présentées soient compréhensibles par les jeunes lecteurs. D’autre part, les auteurs ont cherché à susciter l’intérêt des enfants en s’adressant à leurs préoccupations. Ainsi, un manuel d’histoire pour les enfants de dix ans consacre une page à Bucéphale dans la leçon sur Alexandre le Grand — les Finlandais adorent les chevaux. Autre exemple, un chapitre d’un manuel d’anglais pour les jeunes de quatorze ans s’intitule “dating disasters” et raconte des rendez-vous catastrophiques, comme celui de ce garçon et de cette fille qui se sont emmêlés leurs appareils dentaires en s’embrassant pendant une danse…
Les professeurs disposent d’un manuel du maitre facile à utiliser. La partie inférieure reprend le livre des élèves. Au-dessus, il y a des indications pour la conduite de la leçon, des textes à lire, la correction des exercices. Cela réduit de toute évidence le temps de préparation des leçons et cela facilite les remplacements éventuels. Il est donc indispensable que ces manuels soient efficaces et adaptés à leur public pour que les professeurs aient envie de les utiliser — je n’ai jamais eu ce désir avec les manuels pour l’école primaire publiés en France.
Les élèves écrivent sur un cahier ou directement sur leur livre d’exercices. Curieusement, les cahiers sont identiques de l’école primaire au lycée, avec un quadrillage 5x5 et sans marges. Je n’ai vu aucune annotation de la part des professeurs sur ces cahiers.
Les élèves se réfèrent souvent à leur manuel pour réaliser les exercices. Ils peuvent s’entraider ou se faire aider par leur professeur. Le seul but, c’est d’apprendre.
Quand ils ont terminé, les élèves vérifient eux-mêmes leurs réponses sur le manuel du maitre.
Pour en revenir à elle, Minna Palovaara étudie une semaine par mois à l’université de Kokkola afin de devenir enseignante spécialisée. Cette formation plus poussée l’amène dès maintenant à une réflexion plus poussée sur ses pratiques. La première fois que j’ai vu sa classe, les bureaux étaient alignés les uns derrière les autres.
Quelques jours après, les tables avaient été regroupées par quatre dans l’intention de favoriser la communication entre les enfants.
La réflexion pédagogique continue…