Écoles
Accueil du site > L’école ailleurs > Finlande > Finlande : premières impressions

Finlande : premières impressions

jeudi 13 novembre 2008, par Rémi Castérès

(Cet article fait suite à  Pourquoi s’intéresser à l’école en Finlande ?.)

Les Finlandais se considèrent comme informels et pragmatiques. C’est qu’il est important d’être efficace dans un pays disposant de faibles ressources.

J’avais beau m’y attendre, j’ai été surpris.

Tout d’abord par la facilité qu’il y a à entrer dans les écoles. Bien sûr, mes correspondants avaient demandé l’autorisation à leur principal. Mais, sur place, ils ne se sont souciés de me présenter à lui ou à elle que lors de rencontres fortuites ou parce que je demandais l’autorisation de publier des photos sur internet.

Hier, je me suis rendu seul dans une école secondaire de Vantaa, banlieue nord d’Helsinki. Les collégiens rencontrés dans la rue n’ont eu aucune peine pour m’indiquer, en anglais, que j’étais sur le bon chemin. Ils étaient nombreux à discuter devant l’établissement. Imitant certains d’entre eux, j’ai poussé une porte et je suis entré. De nombreux jeunes discutaient aussi à l’intérieur. J’ai parcouru le couloir sans trouver d’adulte. Finalement, un collégien m’a conduit à la salle des professeurs où les enseignants étaient en réunion.

La part la plus grande possible des moyens attribués à l’éducation est consacrée… à l’éducation proprement dite ; presque rien à la surveillance et un minimum à l’administration. Ainsi, les Finlandais ont tout bonnement supprimé le corps des inspecteurs : les professeurs sont considérés comme qualifiés et responsables — ce qui semble bien être le cas. Tout est fait pour leur faciliter la tâche.

Atelier de technologie à l'école primaire : douze élèves La deuxième chose la plus surprenante, c’est l’énorme effort en personnel que cette politique permet de dégager. À l’école primaire Roihuvuori d’Helsinki, ils sont une douzaine d’élèves dans l’atelier de travail manuel.

Timo et ses élèves Dans la même école, Timo est en charge d’une classe d’enfants ayant besoin d’une attention particulière — soit parce qu’ils sont primo arrivants, soit pour des difficultés comme la dysphasie ou le manque d’attention. Il n’a que dix élèves et il est aidé à temps plein par un assistant.

Dans la classe où j’écris en ce moment (elles sont toutes connectées à internet), la professeure, Päivi, et un assistant s’occupent de dix élèves pour un cours de dessin. L’autre moitié des enfants assiste à une présentation de livres par la bibliothécaire. Chaque fois que c’est jugé nécessaire, des adultes sont disponibles afin qu’aucun enfant ne soit abandonné à son sort.

C’est une des raisons du succès de la Finlande à l’évaluation PISA - très peu d’élèves se retrouvent à quinze ans en échec grave. Le calcul est aussi fait qu’en fin de compte, cela revient moins cher à la société de traiter les problèmes à la racine que d’avoir à gérer indéfiniment des cas sociaux.

Les filles utilisent les machines tout autant que les garçons. La troisième chose surprenante, c’est l’importance extrême accordée aux activités manuelles, que ce soient la technologie, la couture ou le dessin. En Finlande, on considère que l’apprentissage des mathématiques et des sciences passe aussi par l’usage de ses mains ; l’enfant est considéré dans sa globalité.

11 Messages de forum

  • Finlande : premières impressions 23 décembre 2008, par Stéphanie

    Bonjour Rémi,

    En lisant ta série d’articles, je me suis demandée :
    - Qui finance tout le matériel de l’école ? L’état ? La commune ? Un organisme privé ?
    - Comment se passent les affectations des profs en Finlande ? Cela ressemble-t-il à ce que nous connaissons en France : rattachement à un département et mouvement en fonction de l’ancienneté ?
    - Y a-t-il beaucoup de mouvement dans l’équipe éducative ou bien les profs restent-ils longtemps au même poste, dans le même établissement ?
    - Quelle est la part du budget de l’état pour l’éducation nationale ?

    J’ai encore d’autres questions. On verra plus tard !

    Merci pour tes réponses,

    Stéphanie Fontdecaba (Aude)

    Répondre à ce message

    • Finlande : premières impressions 6 janvier 2009, par Rémi Castérès

      Selon l’INSEE, la France et la Finlande auraient toutes deux dépensé en 2004 6,1 % de leur Produit Intérieur Brut pour l’éducation.

      Winston Churchill disait qu’il y a trois sortes de mensonges : les mensonges éhontés, les mensonges par omission et les statistiques.

      Il m’est très difficile de croire que la France et la Finlande effectuent le même effort en faveur de leurs enfants. À moins que la situation des écoles reflète l’état de la démocratie dans nos deux pays.

      L’État finlandais verse une somme forfaitaire par élève aux 432 communes. Ces dernières en font ce qu’elles veulent. Elles gèrent les bâtiments, elles recrutent les enseignants, elles ont une grande latitude pour adapter localement les programmes nationaux.

      De ce fait, les débats concernant l’éducation se trouvent placé au niveau local (une municipalité en Finlande aurait la taille d’une communauté de communes en France) et sont intenses. Ils concernent par exemple le rôle de la religion à l’école, la répartition des écoles. À Muhos, le débat faisait rage sur la carte scolaire. La nouvelle municipalité souhaitait regrouper les écoles ; chaque village périphérique défendait la sienne. Déjà, un des villages venait d’obtenir le maintien de son école qui lui sert aussi de centre culturel et de centre de santé, et, d’après mes hôtes, tous les villages allaient conserver leur école.

      Les municipalités ont compris cette chose très simple : pour obtenir le meilleur des enseignants, il faut bien les traiter (plusieurs de mes interlocuteurs ont avancé cette hypothèse que les résultats de PISA étaient surtout dus à l’implication des enseignants finlandais).

      La démocratie a aussi permis d’éradiquer largement la bureaucratie, et donc d’être plus efficace.

      Le “mouvement” des enseignants est une chose typiquement française. À ma connaissance, ça n’existe nulle part ailleurs. Les enseignants finlandais étant recrutés localement, cela garantit la poursuite des projets. En France, les “projets d’école” ne sont qu’un artéfact bureaucratique.

      Bien sûr, ça n’a pas que des avantages. Les enseignants n’ont pas forcément la garantie de l’emploi. C’est pourquoi mon ami Timo Akkanen a décidé de changer d’école. Jusqu’à l’an dernier, il travaillait à Vantaa, banlieue nord d’Helsinki. Il travaille désormais dans la capitale parce que cette dernière garantit son emploi.

      Je ne sais pas si les professeurs restent longtemps sur les mêmes postes. Je pose la question à mes correspondants…

      Pour en savoir plus sur la structure de l’école finlandaise, je ne peux que te recommander la lecture du livre de Paul Robert.

      Répondre à ce message

      • Finlande : premières impressions 6 janvier 2009, par Stéphanie

        Merci Rémi pour tes réponses. Je potasse le livre de Paul Robert, très intéressant vraiment, je me demande si notre ministre de tutelle l’a lu…

        Répondre à ce message

      • Maintien des écoles de villages à Muhos 13 juin 2010, par Rémi Castérès

        Le débat mentionné dans mon message précédent a été tranché par un vote à une voix près du Conseil municipal de Muhos (9 000 habitants). Les écoles des villages périphériques sont maintenues. Dans le village de Honkala, à trois kilomètres du centre, une école préfabriquée remplacera l’actuelle devenue insalubre en raison de l’humidité.

        Ce qui m’intéresse dans cette histoire, c’est que, tout se décidant au niveau local, la population des zones périphériques de la commune a pu faire valoir son point de vue auprès d’interlocuteurs disposant certes du pouvoir mais faciles à rencontrer et responsables devant leurs électeurs.

        Répondre à ce message

  • Finlande : premières impressions 19 février 2009, par Cyrano

    Le système finlandais ne fonctionnerait pas en France. Différence de culture, et surtout une différence d’homogénéité de la population. Une classe française dite "homogène" serait considérée hétérogène en Finlande. Les enseignants finlandais seraient complètement dépassés par nos petits français de toutes origines sociales et culturelles qu’on peut trouver dans une même classe. Les petits finlandais sont des enfants bien sages, comme les finlandais adultes sont bien ordonnés et disciplinés. A chaque culture le système qui lui correspond, pour le meilleur ou pour le pire…

    Autre chose : la langue finlandaise à l’écrit ne pose aucun problème d’orthographe. C’est phonétique. Si on sait le dire, on sait l’écrire. Cela fait donc autant de temps passé à aute chose qu’à apprendre la grammaire ou l’orthographe. Quant à l’anglais, c’est quasiment une langue nationale, et toutes les fictions ne sont jamais doublées, mais sous-titrées. Essayez de faire ça en France.

    Dernier point : ils vont à l’école plus tard que chez nous, et la sélection s’opère donc plus tard également.

    Quant aux résultats dans les tests internationaux, ils sont loin d’être les plus forts en Histoire ou Géographie. Forcément, cela implique de l’appris par coeur et du bachotage, ce qui n’est pas dans leur culture.

    Enfin, malgré leur "domination" dans les tests scolaires, on est étonné que la Finlande ne domine pas plus le Monde que ça dans d’autres domaines…

    Répondre à ce message

    • Il est vrai que la différence de culture joue un role important dans l’enseignement. Quant à l’homogénéité des élèves dans la classe, on a eu de grands changements ces dernières années. Il y a de plus en plus d’immigrés ou des enfants des immigrés dans les classes d’école, ne parlant pas forcément très bien le finnois.

      Répondre à ce message

      • Finlande : premières impressions 28 février 2009, par Cyrano

        En ce qui concerne les grands changements que vous décrivez dans l’homogénéité des classes en Finlande depuis quelques années, m’est avis qu’on va commencer à en voir les conséquences assez vite, et qu’on va s’apercevoir (enfin) que ce n’était pas tant le système ou les méthodes qui faisaient la différence, mais tout simplement la population. Ca va être dur à accepter pour tous nos "spécialistes" de l’éducation de tous poils, eux qui éprouvaient un frisson de plaisir à chaque fois qu’ils entendaient le mot "Finlande". Quelqu’un devrait leur rappeler par ailleurs que dans ce meilleur des mondes, le taux de suicides des jeunes (et même d’enfants) y est un des plus élévés d’Europe. Car derrière le masque souriant du bonheur de réussir dans la joie et la bonne humeur se cache son contrepoint inévitable, l’angoisse d’échouer et d’être différent des autres. La Finlande voit peu à peu sa société se transformer, et va passer d’une uniformité orwellienne bien lisse à une diversité sociale et culturelle qu’elle va devoir apprendre à gérer. Ca va lui faire un choc.

        Répondre à ce message

        • Finlande : premières impressions 14 mars 2009, par Rémi Castérès

          “Cyrano”, je vous remercie pour vos réactions et je réponds ici à vos deux précédents messages.

          Vous avez raison pour l’orthographe ; pas pour la grammaire finnoise qui comporte quinze déclinaisons.

          En ce qui concerne l’histoire et la géographie, vous avez tenu un raisonnement circulaire. Vous croyez que ces disciplines s’apprennent par cœur – ce qui reste à démontrer. Vous êtes donc persuadé que les Finlandais seraient faibles à des tests internationaux dont il est facile d’imaginer pourquoi ils n’existent pas. Et vous concluez de cette faiblesse hypothétique que l’histoire et la géographie s’apprennent forcément par bachotage…

          Vous considérez que la réussite scolaire de la Finlande était due à l’homogénéité de sa population et que cette supériorité va donc disparaitre avec l’immigration. Vous avez bâti des conclusions qui semblent fort vous réjouir sur de pures hypothèses. Dans les faits, les enseignants finlandais ne sont pas démunis comme vous le croyez devant leurs petits immigrants. Paul Robert, qui vient d’aller voir sur place, décrit ce qui est fait pour préserver la réussite de tous les élèves dans les pages 3 à 5 de cet article.

          Répondre à ce message

          • Finlande : premières impressions 23 août 2009, par Lappi

            En ce qui me concerne j’ai découvert la Finlande il y a 15 ans, et ce fut un choc dont je ne suis pas remis ; sans être déjà vieux j’ai atteins un âge où réver n’est plus de mise et pourtant… si je le pouvais j’émigrerais ! Maints exemples, dont ceux concernant l’éducation, me font sentir la faillite de notre société, qui n’existerais pas ou dans une moindre mesure si la préoccupation principale chez nous en France (et autres occidentaux soit disant développés, avancés) on se préoccupait moins d’accaparer au profit de certains et après moi le déluge. Si les immigrants en France étaient pris en charge, pour la langue, les droits et les devoirs, enfants ET adultes,(éducation et enseignement toujours) certainement que nous n’aurions pas une société aussi bord………e et destructrice des individus. La relation de Rémi Castérès et Paul Robert fait du bien, alors les propos grinçants de Cyrano sont désolants, peut-être mal référencés ou provocants ? il devrait s’appeler Cynico, mais Cyrano n’est peut-être pas si mal avec ce nez qui a poussé… Dès que je peux, j’y vais ! et là bas peut-être que j’oserais enfin faire un enfant… !

            nb : j’interviens auprès des enfants 6 à 12 ans (classes et séjour de vacance) dans le domaine du sport de plein air, cela me donne l’occasion de vivre dans leurs centres d’accueil et de côtoyer leurs enseignants, parmis lesquels il y a bien sûr quelques fumistes, mais aux autres je leur tire mon chapeau.

            Répondre à ce message

        • Finlande : premières impressions 6 avril 2009, par Merja Mäihäniemi

          L’écrivain a bien dit en se posant le question : comment ça se fait qu’on ne voit pas de Finlandais dans le monde de grandes découvertes ou dans le rôle de grands intellectuels, malgré ces résultats de Pisa. Ici en Finlande on se demande comment c’est possible de si bien réussir dans le Pisa.

          Peut-être les élèves connaissent bien les maths et savent bien lire etc. mais où est la créativité, où sont les qualités de bien réussir dans les échanges sociales, les Finlandais sont timides, ils ne savent pas aussi bien parler devant les gens, comme les américains, par exemple. En plus, ici on prend tout trop au sérieux, je pense.

          On peut quand même adopter quelques idées de notre système d’enseignement, même si les Finlandais sont différents, bien organisés etc. Mais ici aussi, il y a de plus en plus d’immigrés qui ne connaissent pas la langue, mais jusqu’ici, on a assez bien réussi à les intégrer dans la société et dans les écoles.

          Répondre à ce message

        • Finlande : premières impressions 21 mai 2009, par sylvelie

          Bonjour, Le taux de suicide est pourtant assez élevé en France.. ? Nous avons aussi pas mal de soucis par ailleurs (dépression chez les profs, dégradations, délinquance, manque de respect, triche, desaffection pour les filières manuelles…) Il faudrait sans doute peser les points négatifs et les points positifs de chaque pays ? personnellement dans mon métier (paramédical), je constate avec consternation la dyspédagogie et la souffrance de certaines familles (qui ne comprennent rien aux devoirs de leurs enfants) et voient leurs espérances de réussite sociale s’évanouir (trois des familles que je prends en charge ont un proche en prison). Je constate également que des parents avec un niveau d’études supérieure, s’impliquent de plus en plus dans les devoirs de leurs enfants. Est-ce normal ? ils stressent eux aussi pas mal… Pour ma part, je n’ai quasiment jamais demandé à mes parents de m’aider dans mes devoirs, sauf à de rares occasions. Prenons ce qui est bon dans les principes éducatifs de la Finlande, du moins pour ces quelques raisons citées ?

          Répondre à ce message

Répondre à cet article

6 visiteurs en ce moment

| Plan du site | Suivre la vie du site RSS