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L’éducation en Corée : témoignage

mercredi 10 mars 2010, par J. Kim

Le témoignage ci-dessous fait suite à la présentation de l’école en Corée.

Je ne peux malheureusement avoir confiance en aucun enseignant coréen.

La première fois que j’ai été giflée au lycée, devant tous mes camarades, c’est parce que je lisais un livre sur le marxisme. Je ne sais même pas si c’était lié à la tension avec la Corée du Nord…

Chaque fois que je lisais un livre, on me frappait avec parce que je lisais des livres au lieu d’étudier les manuels scolaires ou des ouvrages de préparation au concours d’entrée à l’université. Les professeurs me disaient souvent que je lirais ces livres après être entrée dans la Grande université, mais que maintenant, je devais m’en tenir aux manuels.

Alors, je me suis promis de ne jamais travailler dans quoi que ce soit qui ait un quelconque rapport avec l’éducation. Pourtant, ma mère aurait tant aimé que je devienne professeure ! Elle a été très déçue quand j’ai choisi une autre spécialité à l’université.

Je sais que je n’ai pas eu de chance, mais c’est le souvenir que je garde de mes enseignants : des personnes qui ne répondaient jamais à mes interrogations, qui ne prenaient pas au sérieux leurs engagements, qui me jugeaient sur mes lectures…

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Deux de mes amies ont échoué le concours pour devenir professeures, l’une dans le primaire et l’autre dans le secondaire. Un ami a même renoncé à se présenter ; il est en train de chercher du travail.

La première de mes amies a échoué la troisième partie du concours, l’entretien qui suit les épreuves écrites. Elle doit attendre l’année prochaine pour se représenter et elle ne sait pas quoi faire pendant les six prochains mois qui restent encore. Elle m’a dit que c’est un concours particulièrement difficile et qu’elle a échoué parce qu’elle a étudié à l’université d’Icheon, alors qu’elle s’est présentée dans la région de Séoul, ce qui fait qu’elle n’a pas eu les points supplémentaires de ceux qui ont étudié à Séoul. Elle a cependant de la chance parce qu’elle n’a pas besoin de travailler pour vivre. Sa famille est riche et ses parents sont heureux de l’aider. Mais aujourd’hui l’économie va mal et beaucoup de ceux qui échouent aux concours se font du souci.

La deuxième amie que j’ai mentionnée souhaite enseigner le coréen à l’école secondaire. Elle a posé sa candidature dans la région de Séoul. Le concours semble beaucoup plus difficile à passer que pour l’école primaire, c’est pourquoi un de mes amis a tout simplement laissé tomber et cherche du travail dans le privé.

Aujourd’hui, il y a trop de professeurs dans l’enseignement secondaire. Si je ne me trompe pas, il n’y avait que soixante postes disponibles pour l’enseignement du coréen l’année dernière. Et encore, c’est beaucoup plus que pour l’enseignement du chinois : il n’y avait que cinq postes à pourvoir dans la région de Séoul. Ce qui se passe, c’est qu’on a formé des tas d’étudiants ces dernières années et que le nombre de postes disponibles est de plus en plus réduit.

Enseigner dans une école publique vous donne la garantie de l’emploi. Que vous soyez bon ou pas, impliqué ou pas, compétent ou pas n’a pas la moindre importance. C’est pourquoi, depuis bien longtemps, les jeunes gens trouvent que c’est une qualité pour leur fiancée… Tout le monde voudrait être professeur pour avoir une vie plus stable. Le problème, c’est que le gouvernement a recruté un grand nombre d’étudiants en sciences de l’éducation et qu’il a brusquement réduit le nombre de postes de professeurs à pourvoir.

C’est pourquoi beaucoup ont pensé qu’il valait mieux tenter sa chance dans le primaire. Des étudiants, comme mon amie, ont interrompu leurs études pour devenir professeurs dans le secondaire et ils ont repassé le concours d’entrée à l’université, avec comme spécialité l’enseignement à l’école primaire. Le résultat, c’est que ça bientôt être aussi embouteillé que pour le secondaire.

Personne n’a envie d’enseigner aujourd’hui. Le seul but est de devenir fonctionnaire. Il y a de quoi s’inquiéter quand j’entends mes amis qui veulent devenir professeurs. C’est aussi pour ça que la qualité de l’éducation se dégrade et que les jeunes se précipitent comme des fous dans les cours privés.

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Normalement, les cours se terminent à 16 heures dans l’enseignement secondaire. Après le nettoyage (ce sont les élèves qui font le ménage, avec un roulement hebdomadaire), le temps d’études personnelles dure jusqu’à 22 heures. C’est obligatoire. Tu ne peux pas en être dispensé sans raison. Après, la plupart des étudiants vont à des cours privés. Le lendemain, des étudiants piquent du nez ou dorment en classe parce qu’ils manquent de sommeil. Le gouvernement a fait une loi, selon laquelle il ne peut pas y avoir de cours privés après minuit. Mais ça se fait quand même, illégalement.

Alors, pourquoi les Coréens courent-ils comme des fous après un titre universitaire ? C’est que le choix de ton université et de ta spécialité dépendent d’un examen qui se passe une fois par an. Cela s’appelle l’Examen National pour l’Admission à l’Université et ça dure entre huit et neuf heures. Après ces quelques heures, ta vie peut être complètement différente. Tu ne dois commettre aucune erreur et tu dois obtenir de meilleurs résultats que tes amis. Voilà ce qu’on apprend à l’école.

Si tu sors d’une université réputée, tu aura plus facilement des entretiens d’embauche, et plus de chances d’être recruté. La plupart des universités recherchées se trouvent à Séoul et si tu as étudié ailleurs qu’à Séoul, tu as moins de chances de travailler pour une grande compagnie ; à ce moment-là, les autres te percevront comme un raté. Certains de mes amis ont trouvé du travail, d’autres en cherchent encore. Et si tu as un meilleur curriculum, même si tu ne présentes pas très bien, tu as plus de chances.

Tout ça démarre dès l’école primaire. La plupart des jeunes parents portent une grande attention aux cours privés dès le primaire, avec en vue l’objectif de la meilleure université. Presque tous les enfants apprennent l’anglais et certains parents ont recours à la chirurgie pour que leurs enfants aient une meilleure prononciation. C’est fou, mais c’est ce qui se passe — heureusement que ça ne concerne que les enfants de familles riches. Mais si tes parents ne peuvent pas te payer de bons cours privés, alors tu peux dire adieu aux grandes universités.

Pendant toute ma scolarité au lycée, je n’appréciais pas ce que je faisais. Heureusement que j’avais mes parents. Ils étaient toujours heureux de me consacrer du temps et ils m’emmenaient dans les musées ou au gymnase, au moins les weekends et pendant les vacances. Ils m’ont transmis le gout de lire des livres, d’aimer l’art et des sports. Pendant les vacances d’hiver de la deuxième année, ma mère a même menti au professeur pour que je puisse faire de la musique. À ce moment-là, la musique m’intéressait beaucoup mais le plus important aurait été de préparer l’examen d’entrée à l’université. Cela veut dire que, sur le calendrier, il y a marqué que c’est les vacances, mais en réalité l’emploi du temps est le même que les autres jours. Mais ma maman m’a laissé profiter de ce qui me plaisait avant que je passe en terminale. Le professeur n’aurait pas permis que je ne vienne pas tous les jours, alors elle a inventé une histoire !

Je pense que certains de mes amis ne savaient même pas quoi faire de leur temps libre quand ils sont arrivés à l’université. Ils n’en avaient jamais eu auparavant…

Quand j’ai choisi mon université, tous mes professeurs essayaient de me faire changer d’avis. Ils voulaient que j’aille dans une université réputée, pour y faire des études qui ne m’intéressaient pas. Parce que c’est là-dessus qu’ils seraient jugés, eux : « Ce lycée permet d’accéder aux grandes universités ! » Mais moi, je voulais étudier le droit international et je n’ai pas changé d’avis. Et je suis heureuse de mon choix.

Post-Scriptum

J’ai beaucoup réfléchi après avoir raconté mon histoire et j’en ai discuté avec mes amis. En fait, nous avons surtout parlé des professeurs.

Mes amis pensent que je n’ai vraiment pas eu de chance de ne jamais avoir rencontré d’enseignant remarquable, parce que de nombreux enseignants font de leur mieux et se fixent comme objectif d’être des éducateurs.

C’est pourquoi je ne voudrais pas que l’un d’eux soit déçu, si par hasard il arrivait qu’il lise cet article.

De plus, je n’ai raconté cette histoire que de mon point de vue. Il y avait peut-être d’autres raisons pour lesquelles mon professeur me traitait ainsi. S’il advenait qu’il lise ce texte et qu’il découvre que les Français le considèrent comme un professeur horrible, j’en serais désolé pour lui et ça ne serait pas juste à son égard.

Je ne sais pas comment mon professeur considérait la situation. Je n’en ai jamais parlé avec lui. Peut-être voyait-il les choses différemment… De cela, nous ne pouvons jamais être surs !

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