La Finlande vient d’obtenir encore une fois la première place dans l’évaluation internationale pour le suivi des acquis des élèves, parmi 57 pays représentant 90% de l’économie mondiale.
Un pays mal connu propulsé sous les feux de l’actualité éducative
Depuis 2001, date à laquelle furent publiés les résultats du premier cycle PISA, les regards n’ont cessé de se tourner vers ce pays qui avait, en toute discrétion, édifié patiemment le meilleur système éducatif du monde. Les Finlandais avaient été les premiers surpris de se retrouver ainsi au sommet d’un palmarès aussi prestigieux !
Sept siècles de domination étrangère, suédoise puis russe, les avaient plutôt conduits jusqu’alors à nourrir un fort sentiment d’infériorité… Sur le plan éducatif, ils avaient longtemps cherché leur source d’inspiration à l’étranger plutôt que dans leur propre tradition. L’Allemagne avait fourni le premier modèle, puis, lorsque vers le milieu des années 1960, les finlandais avaient décidé de bâtir un système moins inégalitaire et moins élitiste, ils s’étaient tournés vers le voisin suédois pour y trouver les grandes lignes de leur future réforme de l’école fondamentale.
Et voilà qu’à l’orée du XXIe siècle, la Finlande se trouvait propulsée par une comparaison internationale d’une ampleur inédite sous les feux de l’actualité éducative mondiale, en situation de servir de modèle à de nombreux pays. Des cohortes de pèlerins éducatifs ne tardèrent pas à affluer, en quête de solutions aux maux de leur propre école. Car la Finlande ne se démarquait pas seulement en terme de résultats bruts. Les évaluations PISA montraient aussi que des solutions y avaient été trouvées à des questions qui paraissent ailleurs insolubles :
- Comment réduire l’échec scolaire ?
- Comment réussir mieux sans dépenser plus (voire en dépensant moins) ?
- Comment lutter contre les déterminismes socio-économiques ?
- Comment concilier autonomie et équité ?…
Un voyage d’étude riche d’enseignement
Lorsqu’au printemps 2006, j’ai décidé de participer à un voyage d’étude européen en Finlande, on avait commencé en France à se pencher sur le système éducatif de ce pays mais aucune étude d’ensemble approfondie n’était parue. Les études PISA n’avaient pas connu ici de réel retentissement comme si l’on répugnait à regarder la réalité en face : la France qui consacre à l’éducation une part de son produit intérieur brut plus importante que la moyenne des pays développés n’obtient dans les évaluations internationales que des résultats assez médiocres. S’intéresser vraiment à un pays qui parvient à de brillants résultats sans pour autant y consacrer des moyens exorbitants pouvait amener à reconsidérer des postulats couramment admis et à remettre en cause des pratiques bien installées. C’est un exercice j’en conviens qui n’est jamais très facile.
Je suis parti avec quelques idées simples en tête. Je savais qu’en Finlande on avait cassé, au niveau du lycée, le cadre rigide de la classe au profit d’un fonctionnement modulaire beaucoup plus flexible qui permettait à chaque élève d’avancer à son rythme. Je savais que l’on n’y avait pas la religion de la note. Je savais que le redoublement n’y avait plus droit de cité.
Mais ce que j’ai découvert là-bas relève moins d’une ingénieuse organisation que d’une philosophie qui accorde le primat au développement harmonieux de l’élève dans sa globalité existentielle. J’ai découvert un pays où les élèves sont épanouis et les professeurs heureux. Un pays où l’on ne pense pas qu’il faut accabler les élèves de travail pour les faire progresser, ni les soumettre au stress permanent des notes et des contrôles pour les motiver. Un pays où l’on fait confiance à chaque acteur du système pour trouver les meilleures solutions aux problèmes qui le concerne. Un pays où chaque élève peut progresser à son rythme, en toute sérénité, en sachant qu’il trouvera toujours l’aide adaptée à ses besoins. Un pays où les relations entre professeurs et élèves sont chaleureuses et détendues.
France : des résultats alarmants
De nombreux chercheurs ont mis en évidence que l’école française est dans une impasse, sans pour autant s’accorder sur la nature des solutions à mettre en œuvre. Les résultats de la France au dernier cycle d’évaluation PISA sont alarmants.
Contrairement à d’autres pays comme l’Allemagne ou la Pologne, qui depuis les deux premières enquêtes PISA ont su réagir en réalisant les réformes nécessaires et ont progressé en conséquence, la France, elle, a fortement régressé. Son système apparaît désormais non seulement peu efficace, au vu de ses performances globales, mais aussi de moins en moins capable de corriger les inégalités de résultats des élèves engendrées par le statut socio-économique de leurs familles. Alors que la dépense d’éducation reste élevée, l’école française semble inexorablement tirée vers le bas. Il est donc urgent de faire le détour par un pays qui vient de confirmer sa place éminente dans le peloton de tête mondial de l’efficacité éducative.
Pour la Finlande qui a su bâtir une école où l’excellence va de pair avec l’équité, le souci de transmettre des connaissances n’empêche pas de mettre l’élève au centre de toutes les préoccupations. L’idée qu’un élève heureux, épanoui, libre de se développer à son rythme, acquerra plus aisément les savoirs fondamentaux n’a rien là-bas d’une utopie de pédagogue illuminé : c’est tout simplement ce qui oriente l’action de tous : état, municipalités, chefs d’établissement, professeurs… La Finlande respecte profondément les savoirs, mais elle respecte encore plus les individus à qui elle veut les faire acquérir. Et cela ne passe pas là-bas pour un idéalisme débridé, mais pour le plus élémentaire pragmatisme.
Les solutions finlandaises ne sont sans doute pas transposables de but en blanc sous nos climats. Mais je suis persuadé qu’une étude sérieuse et sans a priori du « miracle finlandais » peut amener à reconsidérer les termes mêmes dans lesquels nombre de débats sont posés ici en France, de façon à sortir des affrontements stériles et à poser les bases d’un véritable consensus sur un sujet aussi capital pour l’avenir de notre pays.
[Outre une description du système scolaire, le livre de Paul Robert détaille par quelles étapes la Finlande est passée d’écoles traditionnelles à celles d’aujourd’hui. Vous pouvez vous le procurer à cette adresse. Hautement recommandé ! RC]