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La Finlande : un modèle éducatif pour la France ?

samedi 8 novembre 2008, par Paul Robert

Voici l’introduction de l’ouvrage de Paul Robert, “La Finlande : un modèle éducatif pour la France ?”, ESF éditeur, mars 2008.

La Finlande vient d’obtenir encore une fois la première place dans l’évaluation internationale pour le suivi des acquis des élèves, parmi 57 pays représentant 90% de l’économie mondiale.

Un pays mal connu propulsé sous les feux de l’actualité éducative

Depuis 2001, date à laquelle furent publiés les résultats du premier cycle PISA, les regards n’ont cessé de se tourner vers ce pays qui avait, en toute discrétion, édifié patiemment le meilleur système éducatif du monde. Les Finlandais avaient été les premiers surpris de se retrouver ainsi au sommet d’un palmarès aussi prestigieux !

Sept siècles de domination étrangère, suédoise puis russe, les avaient plutôt conduits jusqu’alors à nourrir un fort sentiment d’infériorité… Sur le plan éducatif, ils avaient longtemps cherché leur source d’inspiration à l’étranger plutôt que dans leur propre tradition. L’Allemagne avait fourni le premier modèle, puis, lorsque vers le milieu des années 1960, les finlandais avaient décidé de bâtir un système moins inégalitaire et moins élitiste, ils s’étaient tournés vers le voisin suédois pour y trouver les grandes lignes de leur future réforme de l’école fondamentale.

Et voilà qu’à l’orée du XXIe siècle, la Finlande se trouvait propulsée par une comparaison internationale d’une ampleur inédite sous les feux de l’actualité éducative mondiale, en situation de servir de modèle à de nombreux pays. Des cohortes de pèlerins éducatifs ne tardèrent pas à affluer, en quête de solutions aux maux de leur propre école. Car la Finlande ne se démarquait pas seulement en terme de résultats bruts. Les évaluations PISA montraient aussi que des solutions y avaient été trouvées à des questions qui paraissent ailleurs insolubles :

  • Comment réduire l’échec scolaire ?
  • Comment réussir mieux sans dépenser plus (voire en dépensant moins) ?
  • Comment lutter contre les déterminismes socio-économiques ?
  • Comment concilier autonomie et équité ?…

Un voyage d’étude riche d’enseignement

Lorsqu’au printemps 2006, j’ai décidé de participer à un voyage d’étude européen en Finlande, on avait commencé en France à se pencher sur le système éducatif de ce pays mais aucune étude d’ensemble approfondie n’était parue. Les études PISA n’avaient pas connu ici de réel retentissement comme si l’on répugnait à regarder la réalité en face : la France qui consacre à l’éducation une part de son produit intérieur brut plus importante que la moyenne des pays développés n’obtient dans les évaluations internationales que des résultats assez médiocres. S’intéresser vraiment à un pays qui parvient à de brillants résultats sans pour autant y consacrer des moyens exorbitants pouvait amener à reconsidérer des postulats couramment admis et à remettre en cause des pratiques bien installées. C’est un exercice j’en conviens qui n’est jamais très facile.

Je suis parti avec quelques idées simples en tête. Je savais qu’en Finlande on avait cassé, au niveau du lycée, le cadre rigide de la classe au profit d’un fonctionnement modulaire beaucoup plus flexible qui permettait à chaque élève d’avancer à son rythme. Je savais que l’on n’y avait pas la religion de la note. Je savais que le redoublement n’y avait plus droit de cité.

Mais ce que j’ai découvert là-bas relève moins d’une ingénieuse organisation que d’une philosophie qui accorde le primat au développement harmonieux de l’élève dans sa globalité existentielle. J’ai découvert un pays où les élèves sont épanouis et les professeurs heureux. Un pays où l’on ne pense pas qu’il faut accabler les élèves de travail pour les faire progresser, ni les soumettre au stress permanent des notes et des contrôles pour les motiver. Un pays où l’on fait confiance à chaque acteur du système pour trouver les meilleures solutions aux problèmes qui le concerne. Un pays où chaque élève peut progresser à son rythme, en toute sérénité, en sachant qu’il trouvera toujours l’aide adaptée à ses besoins. Un pays où les relations entre professeurs et élèves sont chaleureuses et détendues.

France : des résultats alarmants

De nombreux chercheurs ont mis en évidence que l’école française est dans une impasse, sans pour autant s’accorder sur la nature des solutions à mettre en œuvre. Les résultats de la France au dernier cycle d’évaluation PISA sont alarmants.

Contrairement à d’autres pays comme l’Allemagne ou la Pologne, qui depuis les deux premières enquêtes PISA ont su réagir en réalisant les réformes nécessaires et ont progressé en conséquence, la France, elle, a fortement régressé. Son système apparaît désormais non seulement peu efficace, au vu de ses performances globales, mais aussi de moins en moins capable de corriger les inégalités de résultats des élèves engendrées par le statut socio-économique de leurs familles. Alors que la dépense d’éducation reste élevée, l’école française semble inexorablement tirée vers le bas. Il est donc urgent de faire le détour par un pays qui vient de confirmer sa place éminente dans le peloton de tête mondial de l’efficacité éducative.

Pour la Finlande qui a su bâtir une école où l’excellence va de pair avec l’équité, le souci de transmettre des connaissances n’empêche pas de mettre l’élève au centre de toutes les préoccupations. L’idée qu’un élève heureux, épanoui, libre de se développer à son rythme, acquerra plus aisément les savoirs fondamentaux n’a rien là-bas d’une utopie de pédagogue illuminé : c’est tout simplement ce qui oriente l’action de tous : état, municipalités, chefs d’établissement, professeurs… La Finlande respecte profondément les savoirs, mais elle respecte encore plus les individus à qui elle veut les faire acquérir. Et cela ne passe pas là-bas pour un idéalisme débridé, mais pour le plus élémentaire pragmatisme.

Les solutions finlandaises ne sont sans doute pas transposables de but en blanc sous nos climats. Mais je suis persuadé qu’une étude sérieuse et sans a priori du « miracle finlandais » peut amener à reconsidérer les termes mêmes dans lesquels nombre de débats sont posés ici en France, de façon à sortir des affrontements stériles et à poser les bases d’un véritable consensus sur un sujet aussi capital pour l’avenir de notre pays.


[Outre une description du système scolaire, le livre de Paul Robert détaille par quelles étapes la Finlande est passée d’écoles traditionnelles à celles d’aujourd’hui. Vous pouvez vous le procurer à cette adresse. Hautement recommandé ! RC]

2 Messages de forum

  • Salut Rémi,

    A mon avis tu seras l’un des premiers fiché par le programme de surveillance des blogs des instituteurs, qu’est en train de développer ce que l’on ne peut pas appeler autrement qu’une "police collabo" ! fait gaffe !

    I qui lit ton blog sur un autre ordi n’arrête pas de crier "viens voir comment c’est en Finlande ! … incroyable…etc.." : du coup je m’y suis mis … et voilà que je me mets à te répondre…

    Je n’ai pas encore tout lu, mais c’est édifiant !

    Le problème c’est qu’actuellement il y a tant de batailles lancées en même temps : il ne se passe pas une journée sans que de nouveaux fronts s’ouvrent : on ne sait plus ou donner de la tête et du mail : ma boite mail est innondée d’appels à signatures, de message de consternations, plaintes, coup de gueule, appel à l’aide,appel au scandal, cris de honte, etc Je pense que cette surenchère de conflits tout azimut fait parti d’ailleurs d’une stratégie pensée par le pouvoir… il faudrait analyser cela plus en détail, mais ça à l’air efficace jusqu’à maintenant… cette stratégie est "on ouvre un conflit par jour, on fou l apagaille de partout, on prend toiut le monde de vitesse de partout… mais derrière ce bruit, des décisions sont elles prises et bien prises"… il faudrazit que je précise un peu cette içdée : à retravailler !

    L’éducation, les médias, les libertés, l’économie, fin de l’autonomie de l’AFP, fin du 1% logement pour les salariés, le travail du dimanche, la hausse vertigineuse des impôt locaux sans compensation pour le citoyen (fermeture des Poste, diminutions des services, ect..) etc… bref, Ca grogne de partout et on ne voit aucun contre pouvoir lucide et crédible à l’horizon… Ca va donc durer encore : je crainds même que ce ne soit que le début.

    Dans mon milieu, le bâtiment, depuis août 2008, on en est à MOINS 50% de dépôt de permis de construire, ce qui annonce une catastrophe sans précédent dans l’économie du batiment dans… quelques mois ! J’ai pu vérifier ce chiffre lors de mes déplacements dans les subdi des DDE locales, en tant qu’architecte Conseiller du CAUE… c’est général dans tout le département. Personne ne semble prendre la mesure de la cata qui s’annonce : la batiment c’est une grosse partie du tissus économique local des Monts du Lyonnais : artisans, pme, fournisseurs,ouvriers, salarié, etc… J’ai fait des courriers à la COPAMO, à différentes mairies pour les sensibiliser à tout cela… et à la nécessité urgente de combiner nécessités écologiques et vaste plan de relance économique : il faudrait faire une sorte de PEC : Politique Energétique Commune dans toute l’europe, sur l’image de la PAC, cad : balancer en France(et pareille en europe) 100 milliards par an pendant 30 ans pour arriver à l’autonomie énergétique propre (de la même façon que la PAC a balancé 100 milliards de sub. pendant 30 ans pour atteindre l’autonomie alimentaire de l’europe et beaucoup plus que l’autonomie depuis…) sans réponse pour l’instant. Pour moi il y a dans les la filière énergie renouvelable, un formidable potentiel économique à exploiter + une formidable revalorisation intellectuelle des métiers du batiments qui passera nécessairement par une effort de formation sans précédent, pour que le charpentier soit aussi un électronicien capable de poser des panneaux solaires, des nouveaux corps d’état sont à créer (étanchéité à l’air par exemple), etc… il y a beaucoup à faire… mais vite ! en effet, aujourd’hui 95% du matériel et des techniques sont.. soient autrichiennes, soit allemande soit Suisse…

    Bref !

    Remi, continu tes voyages : je trouve très efficace que tu mettes ton temps de retraité à faire ce que tu faits. S’il pouvait y en avoir plus ! Quand on a le nez dans le guidon on n’a pas le temps de faire les analyses que tu faits, de prendre ce recul nécessaire pour aller voir, écrire, analyser… C’est un véritable acte citoyen au sens profond et vrais du terme (pas dans le sens "com."). Pour cela : bravo ! vraiment.

    Que penses tes collègues de tes idées et de tes initiatives ?

    Que penses les instits sur le déclin français ?

    Quel est à ton avis l’idéologie, et/ou la volonté politique qui sous tend cette organisation planifiée du déclin (je ne suis pas assez naïf pour croire que c’est involontaire !) système privatisé ? payant ? démantellement du bastion des instit, traditionnelement progressiste, comme tatcher l’a fait de son temps en se "payant" les mineurs anglais ?

    Y a t il une véritable conscience du problème, ou es tu isolé ?

    penses tu que cette contestation (celle naissante actuellement) puisse déboucher sur quelque chose de plus structurer politiquement ?

    Y a t il des chnaces de faire bouger les choses à cout terme, dans le bon sens ?

    as tu envoyé cela à notre chère élite qui réfléchit, pense et décide pour notre bien ? As tu eut des réponses de leur part ?

    Ne pense tu pas que tu devrais faire un bouquin par rapport à tout cela ? un petit brûlot, bien argumenter, à destination du grand public (et non pas de l’habituel public spécialisé) ???

    Bon courage,

    et à bientôt.

    R

    NB : pourquoi selon toi les finlandais se trucident-ils dans leurs écoles, plus que les autres ??? ça, ça me pose des questions : coincidence malheureuse aggravé par la vente d’armes assez facile, ou y a t il quand même quelque part un malaise , non ???

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    • La Finlande : un modèle éducatif pour la France ? 15 décembre 2008, par Rémi Castérès

      Je sais que la crise économique est devant nous et que ça sera très difficile pour beaucoup. Pendant des années plus faciles, nous avons négligé l’éducation. Allons-nous commencer à nous en occuper alors qu’il y a tant d’autres chats à fouetter ? On serait tenté de répondre qu’on verra bien après… En même temps, on perçoit bien que l’avenir de nos enfants, de notre société, dépend avant tout et dès maintenant de l’éducation. Alors ? Et si on commence à réformer, on commence par quoi ?

      Eh bien, je n’en ai pas la moindre idée ! Tout problème complexe a une réponse simple, facile à comprendre… et généralement fausse !

      Répertorier les obstacles pour que l’école change dans le bon sens, ne serait-ce que cela, permettrait d’y voir plus clair. C’est ce que je me propose de faire avec votre aide : Réformer l’école… Par où commencer ?

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