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Pourquoi s’intéresser à l’école en Finlande ?

samedi 18 octobre 2008, par Rémi Castérès

Aux derniers résultats de l’évaluation internationale PISA, les jeunes Finlandais occupent la première place en culture scientifique, la deuxième en culture mathématique, la première à égalité avec la Corée du Sud en compréhension de la langue.

Alors qu’ils commencent leur scolarité primaire à seulement sept ans, les jeunes Finlandais de quinze ans obtiennent un score de 563 points en culture scientifique, soit 68 points de plus que les jeunes Français — c’est presque comme s’ils avaient étudié deux ans de plus. En compréhension de la langue, l’écart entre les Finlandais et les Français est d’un an et demi et c’est encore presque autant en culture mathématique.

Ces écarts sont importants et auront des conséquences sur l’avenir des sociétés concernées. La meilleure qualité de vie, tant en ce qui concerne les individus que leurs sociétés, est étroitement corrélée au niveau d’éducation.

Quand on leur en parle, la première idée qui vient aux enseignants français pour expliquer ces écarts est que la Finlande est un petit pays et que c’est plus facile que dans un grand. Un simple survol des résultats (voir les pages 66, 322 et 342 du rapport PISA 2007) montre qu’il n’y a aucune corrélation entre la population des pays et le niveau des élèves. D’ailleurs, la Norvège et la Suède, qui ont la même situation géographique et une démographie similaire, n’obtiennent pas les mêmes résultats.

La deuxième pensée — parfois la première — est une contestation de l’instrument de mesure. Même certains professeurs de mathématiques finlandais estiment que la façon dont sont posées les questions leur est favorable. Seulement, il n’existe aucune autre évaluation internationale de cette envergure et qui soit aussi consensuelle. Et, si l’on tient à regarder les lacunes de PISA, il convient de noter que tous les Finlandais de quinze ans ont aussi appris à l’école :

  • à cuisiner ;
  • à utiliser une machine à coudre ;
  • à utiliser des machines-outils pour travailler le bois et le métal.

Il ne faudrait pas que les critiques qui pourraient être formulées à l’égard de PISA servent de prétexte pour enterrer notre problème.

D’ailleurs, quand on observe plus attentivement les choses, on constate que les pays qui ont obtenu les meilleurs résultats ont mené une politique délibérée d’amélioration de leur système éducatif et qu’ils ont misé sur l’intelligence, sur la compréhension. Par exemple, la Corée du Sud obtient aujourd’hui les meilleurs résultats pour la compréhension de l’écrit ; les autorités coréennes attribuent cette évolution à l’accent mis sur l’importance de l’expression écrite. L’admission aux universités accorde plus d’importance aux dissertations dans lesquelles les étudiants ont la possibilité d’exprimer leur point de vue (page 325 du rapport PISA). On notera que c’est exactement à l’opposé de l’orientation prise par monsieur Darcos qui voit la solution dans le par cœur et dans les exercices scolaires — et par monsieur de Robien avant lui.

L’Europe a donc la chance de compter le pays qui obtient les meilleurs résultats scolaires.

À l'école Korivaara de Muhos Libre à nous de nous en inspirer, en profitant ce cette relative proximité pour aller voir ce qui s’y passe — ce que j’ai fait en novembre 2008.

Lire la suite : premières impressions

7 Messages de forum

  • Pourquoi s’intéresser à l’école en Finlande ? 10 décembre 2008, par Cécile Rousson

    Bonjour, Enseignante à Boisset St Priest et mon mari directeur à Chenereilles, je viens de lire ce premier article, suite à un mail de Nathalie Gué-cottin. Cela me semble très interessant. Avant de poursuivre, je voulais juste te demander comment as-tu fait pour aller là-bas ? était-ce en tant qu’enseignant ? Il est toujours intéressant d’aller voir ce qui se passe ailleurs afin d’évoluer positivement et sans attendre les propositions du ministre, carrément en décalage, il aut bien le dire, avec la réalité ! Je continue la lecture Cécile

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    • Comment je me suis rendu en Finlande. 10 décembre 2008, par Rémi Castérès

      J’avais décidé de ne plus m’occuper d’éducation quand j’ai entendu sur France Culture monsieur Darcos justifier ses réformes avec les rapports PISA et l’exemple de la Finlande. J’avais lu les rapports PISA 2003 et 2006 et je savais que ce qui y était écrit était à l’opposé des mesures prises par messieurs De Robien et Darcos.

      Pour la Finlande, je ne savais pas et j’ai donc décidé d’aller voir. J’adhère à une association, Servas, qui permet d’aller chez les habitants et donc de voir le pays de l’intérieur. De ce fait, les écoles dans lesquelles je me suis rendu tombaient totalement au hasard.

      Je me suis présenté comme un enseignant à la retraite désireux de voir sur place comment fonctionnent les écoles et ayant l’intention d’écrire un rapport sur internet. Pendant deux semaines, j’ai suivi des enseignants ou les enfants de mes hôtes sur une journée complète, pour être au plus près de leur réalité quotidienne.

      Je n’avais pas d’a priori. Si monsieur Darcos avait raison, je l’aurais écrit — ce n’est pas en taisant la vérité qu’on pourra faire progresser nos écoles. Il apparait malheureusement que monsieur Darcos n’a retenu de sa visite en Finlande que ce qui l’arrange.

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    • bon jour , Suite à une émission sur l’école en finlande ,je viens trouver des infos supplémentaires . JE pense qu’il faut arrêter les changements systématique d’enseignements en France sans avoir au préalable compris que ce sont les mentalités de base qu’il faut changer . En finlande il n’y a aucun prof qui vexe ,dénigre ou n’encourage me^me un tout peu le travail de ses élèves individuellement .

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      • C’est le point qui m’avait choqué lorsque je suis revenu en France après 17 ans d’enseignement à l’étranger : la façon dont les formateurs s’adressaient aux élèves. Vrai à l’école, vrai en son temps à l’IUFM ; la pauvre collègues qui a osé risquer une hypothèse mathématique et s’est entendue traiter de perruche parce que l’hypothèse ne convenait pas s’en souviens encore ! L’absence de respect est "normal" ici.

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    • la compréhension de la langue est je pense liée à la lecture. Hors dans un article précédent sur la Finlande, une sociologue finlandaise expliquait que les enfants entrent à l’école à 7 ans en sachant lire. Je connais la langue suédoise pour avoir vécu et été à l’école en Suède, et je sais qu’il est beaucoup plus facile d’apprendre à lire dans une langue où à un phonème correspond un signe et un seul. Voyez ce qu’il en est en Français. Bien comprendre une langue favorise aussi la compréhension des problèmes posés en math,sciences physique et autres. N’est-ce pas vrai ? Cette sociologue signalait aussi que le nombre d’élèves par classe était moindre que chez nous. En France on affirme avec beaucoup de légèreté que la moyenne est de 22, cette moyenne tient compte évidemment des classes spécialisées où le nombre d’élèves ne dépasse pas 15, les écoles de campagne isolées avec des effectifs de 4 ou 5 enfants etc. Que des structures de soutien étaient en permanence dans l’école. Que le nombre d’étrangers était peu important (excluons les problèmes de racisme, il est tout de même important de savoir si des enfants ayant deux langues de familles radicalement séparées de par leur racine à apprendre, peuvent être comptés dans ce genre de sondages).

      Enfin observons comment les moyens financiers mis en oeuvre dans chaque pays sont utilisés. Il ne s’agit pas seulement de lire le budget EN de chaque pays sans examiner ensuite où va l’argent. Quel pourcentage des agents de l’EN sont en présence permanente d’enfants ? Quelle part du budget attribue-t-on à des enquêtes dont les résultats ne sont jamais publiés ? …..

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  • Pourquoi s’intéresser à l’école en Finlande ? 4 décembre 2010, par Jean-Pierre Montauban

    Bonjour,

    Je viens de lire un article qui éclaire les résultats de la Finlande sous un jour nouveau pour moi : http://le-finnois-et-pisa.blogspot.com/

    Bientôt (dans 3 jours si je compte bien), on nous demandera une fois de plus de prendre modèle sur la Finlande. Cette fois-ci, j’aurai de quoi répondre…

    Jean-Pierre

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    • Le finnois et PISA 6 décembre 2010, par Rémi Castérès

      L’article que vous mentionnez attribue un impact décisif à la morphologie de la langue finnoise. Les arguments avancés paraissent solides mais, de toute évidence, n’expliquent pas tout et nécessitent d’être approfondis – ce que souligne l’auteur.

      Ce qui m’intrigue, ce sont les conclusions que vous en tirez. Qui est ce “on” qui vous demande de prendre modèle sur la Finlande ? Votre ministre ?

      Et que répondrez-vous ? Que changer quoi que ce soit à notre système éducatif est inutile parce que la langue que nous parlons ne dépend pas de nous ?

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