Cet article est la suite de Un modèle éducatif presque parfait.
Depuis la première année de scolarité, à sept ans, jusqu’à la dernière, la journée d’un écolier finlandais se déroule toujours au rythme de quarante-cinq minutes de cours et de quinze minutes de détente.
Certains en profitent pour sortir prendre l’air et jouent dans la cour. D’autres s’installent sur un canapé ou autour d’une table dans le hall pour discuter avec leurs amis.
Dans une classe de musique, un groupe d’élèves en profite pour se défouler en jouant un morceau de rock endiablé. A côté d’eux, l’enseignante est plongée dans ses préparations. Ils ne lui ont pas demandé la permission d’utiliser les instruments et leur présence, comme celle des copains qui viennent les écouter, semble de l’ordre de l’évidence.
Dans tous les établissements, les couloirs mesurent plusieurs mètres de large. Équipés de vestiaires, de distributeurs d’eau et parfois de lait, de tables, canapés, bibliothèques, vitrines d’exposition, tableaux, chandeliers, ce sont de véritables lieux de vie qui grouillent pendant les récréations et se transforment en salle d’études pendant les cours.
Des élèves s’y installent en effet, seuls ou par petits groupes, pour leur travail personnel. Un enseignant passe de temps en temps et propose son aide.
Des chaussures et parfois des manteaux trainent par terre comme dans une chambre d’enfant et personne ne s’en offusque. Il en est de même dans les classes. Les élèves laissent leurs affaires dans leurs pupitres et on voit en un clin d’œil ceux qui appartiennent aux soigneux ou aux désordonnés. C’est visiblement un problème que les enfants doivent traiter de façon autonomes et les enseignants ne s’en occupent pas, sauf si cela pose un problème pour le travail.
Dans chaque classe, un point d’eau et du matériel sont à disposition des élèves qui prennent en charge une partie de l’entretien.
La salle des professeurs, avec son coin salon, sa salle à manger et sa cuisine tient plus de l’appartement que d’un lieu de travail. Tout est conçu pour la détente et la convivialité. Les professeurs en profitent bien, eux aussi, toutes les quarante-cinq minutes. Cette organisation est sans doute pour beaucoup dans leur disponibilité à notre égard. Lors de chaque pause, nous sommes invités, après une discussion autour d’une tasse, à suivre des collègues dans leur classe.
Le repas de midi, léger et équilibré, s’effectue en un temps record d’une trentaine de minutes, mais pourtant sans stress. Les élèves commencent leur journée de classe entre huit heures et dix heures et finissent entre midi et quatorze heures. Les horaires ont été conçus de façon à permettre des arrivées échelonnées et les repas peuvent ainsi être pris à partir de onze heures jusqu’à quatorze heures. Cette organisation permet un accueil plus personnalisé le matin et évite les bousculades ou les files d’attente au réfectoire.
Grands et petits, adultes et enfants, se servent, et se resservent s’ils le désirent, au self puis vont déjeuner ensemble à l’intérieur de la cafétéria ou sur les tables du hall.
Chacun débarrasse méticuleusement sa table et c’est ensuite un groupe d’élèves de service qui procède au rangement final. Le système, gratuit pour tous, offre une grande souplesse et permet l’accueil à l’improviste d’invités de tous âges !
Le souci du bien-être des personnes est une constante et une tradition dans tous les établissements que nous avons visités. L’architecture des lieux, dans les bâtiments anciens comme dans les constructions contemporaines, prouve que la prise en considération des besoins de relations et de liberté de l’individu n’est pas superfétatoire dans le système scolaire finlandais. Les espaces de travail et de rencontres ne se limitent pas aux salles de classes mais sont nombreux, diversifiés ; certains peuvent accueillir une personne (box insonorisé pour passer des communications personnelles), d’autre un petit groupe de cinq ou six personnes ou une assemblée de plusieurs centaines de personnes.
Chaque classe dispose de rétro ou vidéos projecteurs, d’ordinateurs, de lecteurs de CD, d’instruments de musique et d’autant de fichiers que d’élèves et de matières. On trouve un four à céramique et un séchoir pour eaux fortes à côté d’une salle d’arts plastiques !
Tout a été conçu, au niveau matériel et dans le fonctionnement, pour respecter les rythmes biologiques, favoriser le sentiment de sécurité et la continuité d’être des enfants entre la maison et l’école. On attend des enfants qu’ils prennent soin du matériel collectif, rangent chaque chose à sa place et participent activement à l’entretien. En contrepartie, ils ont une liberté d’action et agissent de façon autonome. Ils ont le choix d’entrer ou de sortir aux récréations.

La cour de récréation, ouverte sur l’extérieur, n’est pas surveillée. Un adulte muni d’un gilet réfléchissant est disponible pour répondre aux problèmes.
Les enfants ont le choix dans la façon d’organiser et de tenir leurs cahiers, de ranger ou non leurs affaires, de manger ou non et de composer leur menu. C’est à eux de décider de ce qui leur convient le mieux et d’agir en conséquence.
Mon propos n’est pas de laisser penser que l’idéal serait de transformer l’école en une deuxième maison, voire une deuxième famille. Pour grandir, les enfants ont besoin de découvrir d’autres aménagements de l’espace et du temps, de se confronter à de nouvelles règles de fonctionnement ou l’intérêt collectif prime sur les désidératas individuels, et où ils pourront élargir leur cercle de relations. Pour donner le meilleur d’eux-mêmes et transmettre aux élèves un rapport au savoir motivant, les enseignants ont besoin d’être respectés, reconnus et en bonne forme physique et mentale.
Une ambiance familiale ne signifie donc pas que l’institution et les professionnels de l’éducation calquent leur fonctionnement sur le modèle de la famille. En revanche, cette attention portée au bienêtre et à la réussite de chacun est l’expression de l’intérêt commun entre une société et sa jeunesse. Nous sommes, comme dans une famille, dans une logique d’héritage et de transmission générationnelle. Les adultes incarnent les valeurs qu’ils veulent transmettre aux nouvelles générations et traduisent en actes leur désir que les jeunes se comportent comme des grands chaque fois que cela est possible. Ils font confiance aux élèves et savent voir, au delà des maladresses liées au manque de maturité ou à l’inexpérience, la personnalité en construction. En réponse à nos interrogations face à l’agitation d’un élève, un collègue finlandais répond : « Il est à un âge difficile. Je le comprends. Je sais ce que c’est, j’en suis passé par là moi aussi. »
De fait, il ne nous a fallu que quelques jours pour nous sentir partie prenante de leur projet et avoir envie de participer à la vie des ces établissements.