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Quelques réflexions sur l’école au Japon

mercredi 5 novembre 2008, par Rémi Castérès

Les systèmes éducatifs français et japonais partagent des points communs qui les distinguent de tous les autres, en particulier la pression exercée sur les élèves pour qu’ils soient “performants” et, corrélativement, le manque de confiance des élèves en eux-même.

En France, on considère que plus les enfants démarrent tôt, plus ils seront avantagés. Beaucoup de parents présument que c’est mieux si leurs enfants apprennent à lire dès cinq ans.

Ils n'iront à l'école élémentaire qu'à partir de sept ans.Au Japon, on est moins impatient. Il faut avoir six ans révolus le 1er avril pour entrer à l’école élémentaire. Les élèves y restent jusqu’à l’âge de douze ans (lors des deux dernières années, les cours sont donnés par des professeurs qui circulent de classe en classe, l’instituteur restant parmi ses élèves pour les aider). La pression se manifeste davantage par des cours supplémentaires donnés après l’école.

Dans les deux cas, cela entraine une dévalorisation et du pessimisme chez des enfants qui sentent bien qu’ils ne sont pas à la hauteur des souhaits de leurs parents. Mais les jeunes Japonais s’en sortent quand même mieux que leurs homologues français.

Les évaluations PISA montrent que les jeunes Japonais obtiennent des résultats nettement supérieurs à ceux des jeunes Français. En France, on attribue généralement cela à un travail acharné qui confinerait au dressage et qui en pousserait certains au suicide, peut-être par confusion avec ce qui est une réalité en Corée du Sud. D’autres raisons du succès des élèves japonais me semblent plus crédibles car cohérentes avec les observations que j’ai faites en Finlande.

Tout d’abord, le Japon ne semble pas (encore ?) victime de l’obsession sécuritaire et de la surveillance paralysante qui caractérisent les écoles françaises.

Cour de récréation à Nishinomiya, 28 octobre 2003 Dans cette cour de récréation d’une école près d’Osaka, les enfants ont à leur disposition des ballons, des portiques, des monocycles… Aucun adulte n’est là pour les surveiller. Ceux qui s’égratignent se rendent seuls à l’infirmerie en me montrant fièrement leurs genoux écorchés. On est loin de nos programmes scolaires 2008 qui précisent (page 67 du “Guide pratique des parents”) : “accomplir les gestes quotidiens sans risquer de se faire mal” !

Ensuite, ce n’est pas considéré comme une exploitation abusive que les enfants contribuent à l’entretien de leur environnement. Une demi-journée par semaine est consacrée au nettoyage de l’école, aux plantations et à l’entretien des parterres floraux.

Un jour sur deux du pain remplace le riz. Chaque jour, à midi, des élèves se transforment en marmitons, vont chercher les plats à la cuisine et distribuent le repas qui est pris en classe.

Les marmitons passent à table. On le voit, cela va beaucoup plus loin que ce qui se fait chez nous et que ce qui est stipulé dans les programmes 2008 où les enfants sont restreints à la distribution et au rangement du matériel.

Nagoya, 9 novembre 2007 Les enfants japonais font preuve d’une habileté manuelle étonnante. Ces garçons, âgés de trois à six ans, fabriquent des sacs à provision pendant une activité postscolaire.

Atelier de Minako Kitayama Minako conseille ce garçon de six ans qui utilise une machine à coudre pendant que les plus jeunes cousent avec des aiguilles. À aucun moment, elle ne touchera au matériel. Il fera tout, de A à Z.

Dans les dernières années d’école primaire, des professeurs spécialisés se déplacent de classe en classe pour donner des cours. L’enseignant en charge d’une classe reste parmi ses élèves, observe comment ils travaillent, intervient selon les besoins. Cela assure une transition vers le secondaire beaucoup moins traumatisante qu’entre notre école primaire et la sixième.

Classe équivalente à notre CM2 Même si les effectifs sont chargés — de trente à trente-six élèves par classe selon ce que j’ai pu observer —, la présence simultanée de plusieurs enseignants aux moments importants permet de conduire des activités complexes, comme cet atelier de fabrication de guitares mené conjointement avec les professeurs de travail manuel et de musique.

Toutes les guitares sont différentes. La personnalité de chaque enfant s'exprime.Que toutes les guitares soient différentes et à des stades de réalisation variés, en dit long sur l’autonomie laissée aux élèves.

Cette autonomie, les risques encourus pendant la réalisation, assurent ce “Minimum de Reconnaissance du Moi” cher à Jacques Lévine. On est loin de la France où une inspectrice peut intimer à une institutrice : « Je ne veux plus voir des enfants ; je veux voir des élèves. »

L’importance accordée aux travaux des enfants se manifeste aussi par une reconnaissance sociale. Ainsi, le musée d’Inuyama présente parmi ses collections les réalisations des élèves du collège local, sur le thème du mouvement. Ce qui est frappant, c’est l’extrême diversité des objets produits, des matériaux utilisés, des mécanismes retenus (voir photo ci-dessous).

Je n’écris pas que l’école japonaise ne connait pas de problèmes. J’essaye juste de repérer dans les pratiques ce qui pourrait expliquer la meilleure réussite des élèves japonais aux évaluations internationales. Je doute que les exercices mécaniques et répétitifs, dont j’ai aussi été témoin, soient d’une grande efficacité. L’acceptation de la prise de risque, l’autonomie laissée aux enfants, leur implication, la reconnaissance de leurs travaux me semblent des explications plus plausibles.

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Test d’un des mécanismes présentés
au musée local d’Inuyama.

1 Message

  • Hélas mon cher Rémi... 6 novembre 2008, par concombre masqué (Florence pour les intimes)

    Nous avons la facheuse habitude de calquer notre mode de vie sur celui des Américains… Dès que l’enfant roi se fait un bobo, on fait un procès à l’école. Si la maîtresse interdit d’aller aux toilettes après la récré, c’est bastonnade des parents ! Imagine la réaction d’un français voyant un enfant asiatique de 5 ans apprendre à manier une machine à coudre… "Futur employé d’Addidas", hors de question que l’enfant roi risque de se piquer avec une aiguille ! Lorsqu’en CM1 nous partions avec le maître chercher des cloportes dans la forêt, c’était une activité surprise. Aujourd’hui si mes enfants doivent traverser la rue avec un prof, je dois remplir un tas de papiers !! L’adulte est complètement déresponsabilisé dans notre société, "ne fumez pas, ne buvez pas, mangez 5 légumes, "J’élève mon enfant", fais comme ci, fais comme ça…". Comment des adultes qui pensent vivre l’aventure de leur vie en traversant en dehors des clous responsabiliseront leurs enfants ? Je pense que revenir à une vie plus saine (pour l’esprit s’entend) est une utopie. Oui, je suis démoralisante, castatrice, défaititste et j’en passe. Celà dit j’envoie ton article à ma soeur, directrice d’école, qui fera suivre et boule de neige !

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