L’impression générale que je retiens est qu’ils ont une grande liberté pédagogique, avec les moyens de la mettre en œuvre, et un important sens de la responsabilité - qui en découle naturellement. Moyens techniques d’abord, par les outils mis à disposition, les locaux, la réactivité des communes pour acheter / installer le matériel demandé ; moyens institutionnels ensuite par des temps de réunion très importants, et du temps pour la préparation des cours ; et moyens intellectuels enfin par une formation théorique pointue. Le corolaire est un plus grand sentiment de responsabilité des enseignants sur leur travail. Par l’absence d’inspection par exemple, mais aussi par un temps de réunion hebdomadaire important (trois heures).
Comme moyens techniques, je pense à des établis et des outils, machines outils de bonne qualité pour tous les élèves (je parle même de perceuses à colonnes, de tours à commande numérique pour le second degré — à partir de la seconde. Il y a aussi des machines à coudre pour tout le monde, des surjeteuses… Mais encore des pianos, des guitares et des batteries pour l’enseignement musical, très développé (par les enseignants en échanges de services ou par les intervenants). Tous les instruments sont évidemment accordés, et les outils rangés dans des locaux adaptés. Il y a aussi des rétroprojecteurs, des PC, quelques vidéo projecteurs, …
Les locaux sont spacieux, et les écoles disposent toutes d’une salle des maitres, spacieuse et confortable, permettant de se retrouver et d’échanger avec les collègues. D’ailleurs l’emploi du temps fait qu’ils se rencontrent souvent, avec une pause 1/4 d’heure par heure. Difficile dans ces conditions de rester seul dans sa pratique ; les enseignants peuvent se voir tout le temps, et discuter de leurs problèmes à tout moment, ou en réunion.
Pour le côté institutionnel, en plus du temps de réunion, l’école termine à 12 h 30 (ou 15, je ne sais plus), après quatre heures de cours coupées de quatre pauses ; il y a vingt heures de cours hebdomadaires, et trois heures de réunion.
Les après-midi sont libres (sauf un après-midi par semaine qui est consacré aux réunions). Donc, la préparation des leçons du lendemain, en cas de mauvaise compréhension par exemple, les réajustement peuvent être faits l’après-midi.
Les rencontres avec les parents le peuvent aussi, si ceux-ci sont disponibles.
Nous avons peu parlé de la formation des enseignants ; mais il est ressorti rapidement que Timo abordait les problèmes pédagogiques en sollicitant des références théoriques telles que Vigotski, Freinet, Montessori, qu’il avait étudiés. J’ai moi aussi entendu parler de ces chercheurs et pédagogues à l’IUFM, mais seulement comme des drapeaux qu’on agitait, … Je n’ai eu ni cours, ni bibliographie à laquelle me référer. Timo était très à l’aise avec dans ce domaine. J’ai l’impression que leur formation est pour eux l’occasion de prendre du recul sur l’enseignement, davantage que j’ai pu le faire lors de ma formation.
Il ressort pour moi de tout cela que la responsabilisation des enseignants ajoutée aux moyens alloués pour qu’ils puissent travailler sérieusement, font qu’ils n’ont pas besoin d’inspection, et qu’ils n’ont pas d’autre motivation que "de bien faire leur travail" (je cite Timo).
La liberté se retrouve aussi dans la relation aux élèves. A chaque pause, les élèves peuvent sortir ou non dans la cour, rester en classe, aller dans les couloirs - sans surveillance. Les enseignants quittent simplement la classe et vont en salle des profs… Il arrive que la cour soir limitée par une rivière, ou que le terrain en herbe soit prolongé d’une forêt. Sans barrière ou grillage autres que des marques sur les arbres pour indiquer la limite de la cour. Y a-t-il un problème ? Pas pour eux.
Les élèves se montrent aussi plus responsables, assument une part de la vie collective (à la cantine), et font fonctionner leur école. La cantine est gratuite pour tous les élèves. Le ramassage scolaire aussi (à condition de rester sur son établissement de secteur)
Il faut dire aussi que le budget "éducation nationale" est redistribué aux collectivités locales, communes et communautés de communes, et qu’il est de leur ressort de "bien" l’utiliser. "Libre à elles de construire une route avec" (je cite encore Timo). Mais apparemment, elles ont plutôt à coeur de développer les écoles pour être les plus attrayantes possibles, tant pour les parents d’élèves (électeurs) que pour les enseignants … Sans porter de jugement sur l’organisation et le transfert de compétences de l’Etat aux collectivités, certaines villes font le choix de construire une nouvelle école alors que la population baisse, par exemple.
J’ai l’impression que notre institution est terriblement timorée, que tout fait peur, et que par là-même, elle dresse des barrières dont on peut discuter la pertinence. C’est un sentiment très désagréable, surtout quand on voit que certaines “barrières”, comme les problèmes de surveillance, ne sont que du vent et qu’elle peuvent être supprimées.