À l’école Kaisaniemi, j’ai enfin aperçu une de ces classes avec trente élèves dont on m’avait tant parlé :

La maitresse n’a pas cependant pas toujours autant d’élèves parce que beaucoup de leçons sont dédoublées, et les effectifs des cours auxquels j’ai assisté sont toujours aussi faibles, que ce soit en banlieue ou dans le centre ville : 8 élèves pour une leçon de français, 10 élèves pour une leçon de mathématiques, 6 élèves pour une leçon de violon, 12 élèves en technologie, 16 élèves en musique dans l’enseignement secondaire.
Les différences culturelles entre nos deux peuples se traduisent dans les écoles. En France, on est scandalisé par le travail des enfants et les instructions officielles énoncent explicitement que ces derniers ne doivent pas risquer de se faire mal. Par contre, on est indifférent au stress et à l’ennui.

Les Finlandais, eux, ne sont pas choqués que des enfants travaillent.

De même, les élèves apprennent pendant le temps scolaire à se servir des outils.

Les rapports entre élèves et enseignants sont empreints d’une grande confiance.
Pauliina, institutrice en troisième année et professeure de musique, nous a fait visiter son école d’Arabia, un quartier au nord d’Helsinki, pendant que sa classe travaillait en autonomie.

Voici l’auditorium. Pauliina est contente parce que, jusqu’à la rentrée dernière, c’est là qu’elle devait enseigner la musique. En aout, elle a reçu une nouvelle salle de musique construite selon ses plans et équipée de tout le matériel qu’elle avait demandé.
Ce ne sont pourtant pas ces salles luxueuses qui m’ont le plus étonné. J’ai été vraiment surpris quand, juste avant le repas, Pauliina nous a présentés à la directrice qui a alors appris qu’il y avait des visiteurs.

C’est tellement étonnant pour un Français que je leur ai demandé de rejouer la scène après le déjeuner, ce qu’elles ont fait dans le bureau — en fait, elles en ont profité pour régler des questions de travail. Puis j’ai interrogé Pauliina :
« Je vois que tu as des rapports très cordiaux avec ta directrice. Pourtant, c’est ta patronne et ton emploi dépend d’elle. Comment expliques-tu ce qui me semble une contradiction entre cette inégalité hiérarchique et cette égalité dans vos relations ?
— Pour moi, c’est une bonne directrice parce que je peux lui soumettre même le plus petit problème et elle va s’attacher à le résoudre. Et si ma classe ou si des élèves réussissent quelque chose de particulier, de difficile, si je suis enthousiaste, je veux pouvoir aller lui en parler et je considère comme normal qu’elle partage cet enthousiasme. »
J’ai compris que Pauliina considèrerait comme anormal que sa directrice soit indifférente… J’avais déjà remarqué lors de mon premier séjour comme mes hôtes prenaient en charge ma visite, en informaient leur supérieur au moment qu’ils jugeaient opportun, et me dissuadaient de lui rendre une visite de courtoisie au moment où je partais : « Il a beaucoup de travail, plein de réunions… Ça n’est pas la peine de le déranger. »
Effectivement, dans un système où la bureaucratie est réduite, les directeurs ont beaucoup de travail [1]. Les enseignants leur font confiance pour que l’école tourne au mieux. Les responsabilités et le pouvoir sont partagés. Les enseignants qui m’invitent ont le pouvoir de le faire et en assument la responsabilité. Ils protègent leur directeur en évitant que je lui fasse perdre du temps.
C’est un rapport de confiance similaire que j’ai retrouvé entre les enseignants et les élèves.
Un enseignant français qui travaille en Finlande m’a dit : « J’ai horreur de ce rapport. Il doit y avoir une distance. Ça ne me plait pas. Ce n’est pas bon pour une société de mêler le monde les adultes et le monde des enfants et, pour moi, c’est mauvais.
Ici, il y a très peu de contraintes. Or, le professeur, c’est lui le patron. L’injustice, ça n’est pas nécessairement une mauvaise chose.
Je suis confronté à des problèmes de discipline. Ça ne m’était jamais arrivé auparavant. Il est impossible de brusquer un petit peu les élèves, il est presque impossible de les faire taire. Il est interdit de leur faire peur. Les Finlandais ont voulu faire de l’école un monde magique.
L’école, c’est aussi l’apprentissage de la peur, de l’injustice, de la vie quoi ! »
Je ne saurais mieux exprimer la différence entre nos systèmes éducatifs.
