Écoles

Retour en Finlande

vendredi 5 février 2010, par Rémi Castérès

(Cet article fait suite à  Finlande : du côté des élèves.)

Avec un ami, je viens de visiter plusieurs écoles au cours d’un bref séjour à Helsinki. Ces visites ont confirmé mes impressions de novembre 2008. Le contraste avec les écoles françaises est d’autant plus saisissant que le moral et l’implication des enseignants français sont au plus bas.

À l’école Kaisaniemi, j’ai enfin aperçu une de ces classes avec trente élèves dont on m’avait tant parlé :

Leçon de dessin dans une classe de trente élèves

La maitresse n’a pas cependant pas toujours autant d’élèves parce que beaucoup de leçons sont dédoublées, et les effectifs des cours auxquels j’ai assisté sont toujours aussi faibles, que ce soit en banlieue ou dans le centre ville : 8 élèves pour une leçon de français, 10 élèves pour une leçon de mathématiques, 6 élèves pour une leçon de violon, 12 élèves en technologie, 16 élèves en musique dans l’enseignement secondaire.

Les différences culturelles entre nos deux peuples se traduisent dans les écoles. En France, on est scandalisé par le travail des enfants et les instructions officielles énoncent explicitement que ces derniers ne doivent pas risquer de se faire mal. Par contre, on est indifférent au stress et à l’ennui.

Nettoyage des vitres de l'école

Les Finlandais, eux, ne sont pas choqués que des enfants travaillent.

Fabrication d'un taquin

De même, les élèves apprennent pendant le temps scolaire à se servir des outils.

Des rapports empreints de confiance

Les rapports entre élèves et enseignants sont empreints d’une grande confiance.

Pauliina, institutrice en troisième année et professeure de musique, nous a fait visiter son école d’Arabia, un quartier au nord d’Helsinki, pendant que sa classe travaillait en autonomie.

L'auditorium de l'école d'Arabia

Voici l’auditorium. Pauliina est contente parce que, jusqu’à la rentrée dernière, c’est là qu’elle devait enseigner la musique. En aout, elle a reçu une nouvelle salle de musique construite selon ses plans et équipée de tout le matériel qu’elle avait demandé.

Ce ne sont pourtant pas ces salles luxueuses qui m’ont le plus étonné. J’ai été vraiment surpris quand, juste avant le repas, Pauliina nous a présentés à la directrice qui a alors appris qu’il y avait des visiteurs.

Pauliina et la directrice

C’est tellement étonnant pour un Français que je leur ai demandé de rejouer la scène après le déjeuner, ce qu’elles ont fait dans le bureau — en fait, elles en ont profité pour régler des questions de travail. Puis j’ai interrogé Pauliina :

« Je vois que tu as des rapports très cordiaux avec ta directrice. Pourtant, c’est ta patronne et ton emploi dépend d’elle. Comment expliques-tu ce qui me semble une contradiction entre cette inégalité hiérarchique et cette égalité dans vos relations ?
— Pour moi, c’est une bonne directrice parce que je peux lui soumettre même le plus petit problème et elle va s’attacher à le résoudre. Et si ma classe ou si des élèves réussissent quelque chose de particulier, de difficile, si je suis enthousiaste, je veux pouvoir aller lui en parler et je considère comme normal qu’elle partage cet enthousiasme. »

J’ai compris que Pauliina considèrerait comme anormal que sa directrice soit indifférente… J’avais déjà remarqué lors de mon premier séjour comme mes hôtes prenaient en charge ma visite, en informaient leur supérieur au moment qu’ils jugeaient opportun, et me dissuadaient de lui rendre une visite de courtoisie au moment où je partais : « Il a beaucoup de travail, plein de réunions… Ça n’est pas la peine de le déranger. »

Effectivement, dans un système où la bureaucratie est réduite, les directeurs ont beaucoup de travail [1]. Les enseignants leur font confiance pour que l’école tourne au mieux. Les responsabilités et le pouvoir sont partagés. Les enseignants qui m’invitent ont le pouvoir de le faire et en assument la responsabilité. Ils protègent leur directeur en évitant que je lui fasse perdre du temps.

C’est un rapport de confiance similaire que j’ai retrouvé entre les enseignants et les élèves.

Un enseignant français qui travaille en Finlande m’a dit : « J’ai horreur de ce rapport. Il doit y avoir une distance. Ça ne me plait pas. Ce n’est pas bon pour une société de mêler le monde les adultes et le monde des enfants et, pour moi, c’est mauvais.

Ici, il y a très peu de contraintes. Or, le professeur, c’est lui le patron. L’injustice, ça n’est pas nécessairement une mauvaise chose.

Je suis confronté à des problèmes de discipline. Ça ne m’était jamais arrivé auparavant. Il est impossible de brusquer un petit peu les élèves, il est presque impossible de les faire taire. Il est interdit de leur faire peur. Les Finlandais ont voulu faire de l’école un monde magique.

L’école, c’est aussi l’apprentissage de la peur, de l’injustice, de la vie quoi ! »

Je ne saurais mieux exprimer la différence entre nos systèmes éducatifs.

Instituteur et ses élèves pendant une leçon de technologie

Notes

[1] Les directeurs enseignent souvent aussi et peuvent assurer des remplacements de professeurs absents.

4 Messages de forum

  • Retour en Finlande 6 février 2010, par Paul Suh

    Je travaille en classe unique, donc j’organise les rapports entre les élèves et moi comme je le souhaite, au niveau de la classe, donc aussi de l’école. Je vois par ailleurs dans d’autres écoles plus grandes, que cette relation de confiance n’est pas de mise. Pourtant, je connais plusieurs collègues qui, je crois, le souhaitent. C’est vraiment dommage.

    Je n’approuve pas du tout cette vision de l’enseignant français interviewé, selon lequel l’école doit enseigner (ou même être un lieu d’immersion, comme un bain préparatoire de ) l’injustice et la peur. Au contraire ! C’est en vivant dans un lieu d’équité, de justice et de sérénité que l’on construit les éléments qui permettent de lutter contre cela.

    De plus, l’école n’est pas, à mon sens, un lieu de transmission à l’identique du fonctionnement d’une société. C’est plutôt un lieu de transmission des savoirs et des valeurs que doit défendre la société qui l’héberge. Ce n’est pas tout à fait pareil. Notre société est injuste, mais elle ne se réclame pas ainsi ! Elle est également peureuse (! !!), mais veut être rassurée (et non pas sécurisée).

    Les enfants qui apprennent la peur (donnée ou reçue) ne transmettront pas autre chose lorsqu’ils seront adultes.

    C’est absurde de penser cela lorsqu’on enseigne. Cela équivaut à empêcher les enfants de devenir des adultes responsables.

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  • Réfléxion sur cet enseignant français 6 février 2010, par Stéphanie Fontdecaba

    Je me demande ce que cet enseignant français fait en Finlande !! Il n’y est visiblement pas à sa place tant son discours est contraire à l’état d’esprit de ce pays…

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  • Retour en Finlande 21 février 2010, par léo

    Mais quand j’entend des dicours pareils, je me demande mème plus pourquoi l’éducation va si mal en france.

    Apprendre la peur et l’injustice a nos gamins hummmm alors ça si c’est pas un programme alléchant.

    Faut pas lacher l’affaire plus on fera du bruit plus les choses changeront.

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  • Retour en Finlande 18 avril 2010, par loly

    C’est pourtant la peur et l’injustice que les profs nous apprennent exemple a la question "qui a parler ? personne ne repond "untel je t’ai vu la prochaine fois c’est un mot" soit tu essaye de dire au profs que c’est pas toi et tu te prend un mot direct soit tu te tais et si les eleves autours de toi ou toi meme parle 5minutes plus tars le mot tombe sur ton carnet .

    j’ai appris une chose meme si parfois les enfants t’en font voir de toute les couleurs la relation marche beaucoup mieu quand on leur fait confiance .

    Le probleme en france je crois est que l’adulte doit etre respecter a tous pris , il ya une sorte de culte de l’adulte . l’adulte ne doit pas respecter l’enfant ,il doit veiller a sa securité ,a ses besoins matériel. On part du principe que l’enfant ne sait rien , qu’il faut lui montrer la voix et le diputer lorsqu’il ne la suit pas ,l’adulte )est egoiste et anxieu et decide qu’il est mieu ,pour soigner son anciete ,de tous controler et donc de ne pas faire confiance a l’enfant qui n’est pas capable lui meme de se canaliser .

    A quant au systeme educatif francais il s’agit plutot d’une masquarade couteuse ,pouri ,faite pour briser des ames et fermer des portes ( pas facile quand on s’embete pendant 8H d’affilé en cours et que le prof te dispute parce que tu fais des dessins , ou que tu ne fais pas tes devoirs car apres 8Hd’ennui tu prefere t’avachir devant la télé alors que tu as une quinzaines d’exos a faire pour le lendemain . enfin combien de fois en france tu entends le fameux " j’aime pas l’ecole " ou encore le "s’est pas de ma faute si les cours ne sont pas interressant"

    Ensuite lorsque tu as lutté pour obtenir ton bac general qui est normalement "THE BAC " tres difficil . Si tu as de mauvaises notes toutes les portes te sont fermer (bts dut)alors qu’avec un bac technologique (ou poubelle) plus facil ou du moin avec des criteres de notation moin strict (sur les matieres general ) les porte te seront d’avantage ouvertes (alors que ce bac est en theorie moin bon ) logique ? …

    Enfin pas de conseiller d’orientation ou en general ils te callent devant un ordi pour faire un test stupide , pas de profs assistant qui te reexplique le truc (sa fais donc 3chapitre que tu est largué en maths et cela ne s’ameliore pas…) Puis la difference entre un francais et un finlandais est certaine l’un sera bilingue ou quasimlent en sortant du lycée l’autre aura au mieu un niveau correct … Entre le systeme finlandais et le systeme francais que de differences !!!!

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