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Tous contre PISA !

mercredi 22 octobre 2008, par Rémi Castérès

Il y a un an, la publication du troisième rapport PISA, consacré aux sciences, jetait le trouble chez les politiques, les journalistes et certains enseignants. Depuis, il semble tombé dans l’oubli.

Monsieur Darcos le mentionne parfois pour justifie ses réformes. Il peut en dire ce qui lui convient puisque quasiment personne ne l’a lu.

PISA est une enquête menée tous les trois ans auprès de jeunes de quinze ans dans les pays membres de l’OCDE et dans de nombreux autres pays volontaires. Elle évalue l’acquisition de savoirs et savoir-faire essentiels au terme de la scolarité obligatoire dans les domaines de la langue nationale, de la culture mathématique et de la culture scientifique. Elle analyse aussi les facteurs pouvant contribuer à ces performances : milieu social des élèves, méthodes d’apprentissage, équipements des établissements, etc.

Les résultats de l’enquête conduite en 2006 sont parus le 4 décembre 2007. Les performances des jeunes Français sont médiocres — la France se situe dans la moyenne de l’OCDE, mais à la limite de passer en-dessous — et, surtout, elles sont en baisse. La France est le seul pays dont les résultats aient significativement reculé entre 2003 et 2006 en mathématiques. Pour commenter, les journalistes, les décideurs et les divers spécialistes n’ont ni eu ni pris le temps de lire ce rapport de quelques 400 pages… Ils se sont contentés du résumé d’une page et du tableau synthétique des résultats.

Les réactions ont suivi à peu près le même schéma. En gros : il faut prendre avec des pincettes cette évaluation qui présente de gros défauts et d’énormes lacunes ; néanmoins, les résultats des jeunes Français paraissent mauvais et il va falloir en tenir compte. D’ailleurs, c’est la faute des autres (les “pédagogues” [1] ou les “anti-pédagogues” [2], selon son bord). Nous devrons étudier cela en détail. Et plouf, au fond du disque dur…

C’est qu’en matière d’éducation, deux camps s’opposent, les “pédagogues” et les “anti-pédagogues”, et que ni les uns ni les autres n’apprécient les rapports PISA. Pour des raisons différentes.

Les pédagogues s’intéressent à l’art d’éduquer et pratiquent diverses méthodes pour transmettre les savoirs. En France, ils sont les héritiers de Célestin Freinet. Ce dernier a aussi été membre du Parti Communiste Français, de 1927 à 1948. Cela a laissé des traces : dans notre pays, la grande majorité de ceux qui s’intéressent à la pédagogie se situent à gauche et à l’extrême-gauche. Pour eux, le mot “libéral” est une insulte. L’idée de compétition les révulse ; ils ne jurent que par la coopération — que les économies planifiées se soient effondrées ne les a pas conduit à réviser leur principes.

Ainsi, PISA a d’emblée pour eux un péché originel : c’est une émanation de l’OCDE. Ils suspectent instinctivement une entreprise visant à libéraliser les systèmes éducatifs et ils s’en détournent donc avec méfiance.

Face à eux, les gens de droite. Ils ont déserté le terrain de la pédagogie (chez nous ; la situation est très différente dans d’autres pays) et ils ont développé une théorie très simple : le maitre n’a qu’à expliquer et les élèves à apprendre par cœur et à faire des exercices. Point barre. L’éducation est un processus industriel. Des évaluations fréquentes dépistent rapidement les composants défectueux qu’une remédiation toute aussi rapide remplace. Tout le reste n’est que fumisterie. Les anti-pédagogues sont moins nombreux que leurs adversaires, mais se sont eux qui ont rédigé les derniers programmes de l’école primaire et qui prennent les décisions au ministère. Par exemple, puisque faire la classe est devenu si simple, la suppression de la formation professionnelle pour devenir enseignant.

PISA leur déplait autant qu’aux pédagogues. D’abord parce que, comme la pédagogie n’existe pas, il n’y a pas à s’en préoccuper. Ensuite parce que les conclusions des rapports PISA vont à l’opposé de leur thèses.

L’utopie ou la bêtise, voilà les deux termes de cette querelle franco-française ! Pendant ce temps, le reste du monde continue à évoluer. Il faudra bien un jour le prendre en compte.

Bien qu’elle engendre beaucoup de souffrances et de désespoir, la situation actuelle présente au moins un avantage. Les anti-pédagogues parlaient haut et fort ; leurs solutions simplistes pouvaient susciter l’adhésion de gens qui n’y connaissent rien. Maintenant qu’ils sont aux leviers de commande, leur imposture éclate ; plus longtemps ils y resteront, plus radicalement ils seront décrédibilisés.

Sera-t-il alors possible de reconstruire un système éducatif modernisé, qui prenne en compte les réussites éducatives du monde entier, donc les rapports PISA ?

Notes

[1] Les pédagogues pensent que si leurs élèves n’ont pas compris, c’est de leur faute à eux, les pédagogues. Ils ne vont pas culpabiliser à mort pour autant ! Ils vont chercher d’autres manières d’aborder ce qui n’a pas été compris (par une motivation nouvelle, par du tutorat, par des travaux de groupe, par des visites, par une lecture, par un contrat de travail, que sais-je encore – ils ne sont jamais à court d’idées).

[2] Les anti-pédagogues procèdent toujours de la même façon : ils donnent des cours, puis des exercices d’application et/ou des leçons à apprendre. Si leurs élèves échouent, c’est de leur faute à eux, les élèves, soit qu’ils n’aient pas bien travaillé, soit qu’ils soient trop bêtes pour être dans leur classe.

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